L'Enfance
nue, La
Maison des bois, Nous
ne vieillirons pas ensemble, La
Gueule ouverte, Passe
ton bac d'abord
Notes de bas de page
Après L'Enfance nue Maurice Pialat sait déjà
que son prochain film racontera l'histoire d'un couple qui
se déchire. Il sait même que ce film aura pour
titre Nous ne vieillirons pas ensemble. Mais entre-temps,
un autre projet se dessine, sûrement le plus important,
le plus inédit, le plus abouti, pour ceux qui connaissent
bien le cinéma de Maurice Pialat.
Il s'agit
de la série réalisée pour la télévision,
intitulée La
Maison des bois (1970).
Yves Laumet,
alors adjoint du responsable des programmes d'Antenne 2,
propose à Maurice Pialat de réaliser un film
pour la télévision composé de sept
épisodes de 50 minutes chacun. Yves Laumet27
a été bouleversé
par L'Enfance nue et veut faire confiance à
Pialat28
pour ce projet dont le scénario
sera confié à René Wheeler.
Ce dernier a réalisé lui-même Premières
armes (1949), film d'une rare noirceur sur le monde
des apprentis jockeys.
Maurice
Pialat accepte sans hésiter de réaliser cette
série pour la télévision, peut-être
parce qu'à cette époque il a besoin d'argent,
sûrement parce que la première guerre mondiale
n'aura jamais cessé (jusqu'à la fin de sa
vie) de l'intéresser.
Tout l'attire
dans ce projet. La guerre donc, mais aussi la possibilité
qui lui est offerte de raconter une histoire sur la durée
et le sujet même du téléfilm qui se
rapproche peut-être de ce qu'il a vécu étant
enfant29
:
« un garde-chasse et sa femme, ainsi
que leurs propres enfants déjà grands, décident
de recueillir des gamins déplacés. »30
; on y retrouve ainsi les thèmes de l'enfance et
du déracinement déjà abordés
dans L'Enfance nue.
L'histoire
sera réécrite par Arlette Langmann qui aura
aussi la fonction de scripte sur le tournage (Maurice Pialat
imposera Arlette Langmann à Yves Laumet qui dû,
en conséquence, changer de société
de production pour que
celle-ci soit aux côtés du réalisateur).
Le tournage
commence et le scénario est pratiquement écrit
au jour le jour (une dizaine de jours d'avance tout au plus).
Bernard Dubois, fidèle parmi les fidèles (il
fût assistant monteur sur L'Enfance nue) sera
l'assistant de Maurice Pialat, qui prouve ainsi, une fois
de plus, son attachement et son dévouement à
certains de ses collaborateurs, qui pourront aussi choisir
de partir en cas d'inadaptation aux exigences imposées
par le cinéaste
et des départs, comme
toujours chez Pialat, il y en aura eu sur le tournage de
La Maison des bois.
Pierre
Doris sera choisi pour incarner le personnage du garde-chasse.
Pour le rôle du marquis, c'est Fernand Gravey qui
sera désigné. Ce dernier, qui fut notamment
acteur chez Abel Gance et à Hollywood, est le symbole
d'une mutation, d'un changement d'époque où
le cinéma d'hier31
croise un temps celui de demain.
Michel Tarrazon et Henri Puff (respectivement François
et Raoul dans L'Enfance nue) retrouveront le cinéaste
qui choisira quant à lui d'endosser le rôle
de M. Testard, l'instituteur ; toujours cette volonté
d'être au milieu de ses acteurs, au plus près
d'eux pour ne pas avoir à les « diriger »
(il détestait cette expression) mais plutôt
pour les accompagner (on le retrouvera acteur dans A
nos amours et Sous le Soleil de Satan, deux films
dans lesquels il ne s'attribuera pas n'importe quels rôles).
Enfin pour le rôle de Bedeau, Pialat ira chercher
un inconnu, rencontré dans un bistrot près
de République. Henri Saulquin n'est pas acteur ;
il vit dans une chambre de bonne avec sa petite-fille qu'il
emmène partout sur le porte-bagages de sa mobylette.
Pialat fera appel à nouveau à lui dans Nous
ne vieillirons pas ensemble et La Gueule ouverte
(dans ce film, il jouera le rôle du père qui
se querellera avec son fils à l'hôpital, sous
les yeux de Monique et son fils).
Pialat
au milieu des enfants, heureux d'être là, de
participer à cette aventure qui souvent deviendra
douloureuse pour
certains à cause d'une ambiance parfois tendue à
cause du rythme infernal imposé par la production
(quatorze semaines seulement pour tourner les sept épisodes).
Malgré cela, Maurice Pialat ne cessera de le dire
: La Maison des bois fut le tournage le plus heureux
de sa vie ; sûrement parce qu'il a la possibilité
de traiter son sujet en profondeur, au plus près
de ses acteurs, au plus près de la vie qu'il va traquer
sans relâche pour que les scènes filmées
reflètent une émotion loin de toute sentimentalité
trop superficielle.
« Découverte d'un bivouac, un des grands moments
d'un film qui en compte tant, on chante
Frou-frou (que l'on entendra aussi dans Passe ton bac),
Hervé danse avec un vieux soldat, un jeune gars lave
du linge à la rivière, il est question d'une
baïonnette enfoncée dans le bide des Boches,
Hervé doit partir, le soldat lui explique que tous
les autres, là, ont des enfants, que sans doute ils
ne reverront jamais. Enfant sans père au milieu de
ces pères sans enfants. »32
La Maison
des bois est à la fois un film sur l'enfance,
sur la mort, sur la famille : ces thèmes si chers
qu'il ne cessera d'aborder pleinement au fil des années.
A travers des scènes au bistrot, à la campagne,
à l'école, en famille (les
pique-niques au bord de l'eau, les parties de canotage ne
sont pas sans rappeler Van Gogh et Jean Renoir pour
qui il avait une immense admiration), Maurice Pialat, à
la manière d'un peintre impressionniste, dresse le
portrait d'une France authentique, sensible. En quelques
minutes seulement, la guerre et la mort y sont représentées
de façon sublime, cruelle et sans concession, mais
avec un regard unique sur l'histoire ; celle d'une France
qui souffre, qui pleure de tristesse et de joie aussi.
Le film
n'est pas terminé qu'un autre commence à naître
sans que personne le sache vraiment. Arlette Langmann quitte
le tournage et Maurice Pialat, pour vivre avec un certain
Dédé (qui s'occupe de la décoration).
Elle s'en va et provoque la colère de Pialat qui
en vient à se disputer violemment avec Bernard Dubois
(l'assistant et ami de Arlette Langmann) à qui il
sera reproché de ne pas avoir su retenir la jeune
femme.33
C'est ainsi que naîtra le scénario de Loulou,
film inspiré de cette histoire personnelle. Arlette
qui quitte Maurice pour Dédé, c'est aussi
Nelly (Isabelle Huppert) qui quitte André (Guy Marchand)
pour Loulou (Gérard Depardieu).... Inspiration d'une
expérience malheureuse et douloureuse qui prendra
vie au cinéma, au point que Nelly mettra un terme
à sa grossesse comme Arlette le fera 10 ans plus
tôt.
Maurice
Pialat demandera à Arlette Langmann de rester pour
terminer le montage de son téléfilm. Elle
reviendra quelques temps mais sera finalement vite remplacée
par une autre jeune inconnue (toujours cette volonté
de conserver une certaine fraîcheur, une certaine
candeur dans la création) ; Martine Giordano sera
imposée par le cinéaste (contre la production
toujours !) et finira le montage de cette série.
La diffusion
de La Maison des bois débutera le 11
septembre 1970. Jamais plus la télévision
ne sollicitera Maurice Pialat, même si ce dernier
lui aura offert ce qu'elle a produit de meilleur.
L'Enfance
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Maison des bois, Nous
ne vieillirons pas ensemble, La
Gueule ouverte, Passe
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