Six fois une heure par Dominique Campet
Analyse de La Maison des bois (1971)

        Pourtant une des séquences de La Maison des bois illustre ce grâce à quoi la série pourrait échapper au mélodrame. Après une visite médicale militaire, un jeune garçon fête son aptitude ; son intronisation à l'âge adulte passe par le café et débouche sur une bagarre, où les corps et les visages sont traqués dans leur violence par une caméra très mobile, comme dans Passe ton bac d'abord et dans Loulou. On ne voit pas la réaction maternelle à ce brutal passage hors de l'enfance, simplement anticipé verbalement par le garçon : le plan suivant le montre simplement partir à la guerre, d'où l'on sent qu'il ne reviendra pas. Et on retrouve parfois, fortement imprimée la marque de Pialat ; une très belle scène montre des enfants mimant la guerre dans le sable, et plantant des croix de bois à côté de leurs corps effondrés. A un autre moment, Pialat décrypte, comme dans L'Enfance nue, le sadisme animalier des enfants en faisant dire à l'un : « c'est Kiki, ton lapin, qui est dans ton assiette ». Certains personnages sont merveilleusement caractérisés, comme l'organiste, matrone surplombant de toute sa stature la chorale enfantine, ou le sacristain, qui vient se planter face à la caméra pour commenter l'action.

        Mais le plus intéressant dans La Maison des bois tient à ce que Maurice Pialat réussisse, à certains égards, à tirer parti de l'espace proprement télévisuel. Utilisant la durée de la dramatique, il s'autorise de longs plans fixes, comme celui qui vient saisir, après un très lent travelling avant, la silhouette du soldat tenant la garde d'un avion allemand écrasé dans un champ aux couleurs neutres. Mais c'est surtout en laissant, beaucoup plus qu'au cinéma, le champ libre aux improvisations avec les enfants, que Pialat parvient à désigner un possible champ d'investigation dont en partie, procède France, Tour, Détour, Deux enfants, de Jean-Luc Godard, sous son vernis sophistiqué : une vérité crue saisie par une caméra très fugitivement oubliée.

[Texte écrit pour la revue Cinématographe n°57 (avril 1980).]


Dominique Campet
Critique de cinéma.

 





       

 



       

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