10 questions à Catherine Breillat
Interview de Catherine Breillat
par Rémi Fontanel et Alexandre Tylski


Catherine Breillat a écrit le scénario du film "Police" de Maurice Pialat et nous livre ici un témoignage tendre mais dur, sans concession, sur ses relations avec Maurice Pialat. Une autre manière de parler du cinéaste à travers la vision d’une réalisatrice française "radicale" mais, tout comme l'était Pialat, jamais manichéenne et toujours intègre.




        Quels étaient vos liens avec Maurice Pialat ?

Catherine Breillat : Maurice, je l’ai rencontré un peu par hasard. J’étais très liée aux gens de chez Gaumont qui voulaient faire les films de Maurice Pialat mais surtout pas les miens. Pour Toscan du Plantier, qui a pourtant découvert beaucoup de jeunes metteurs en scène français, moi je ne devais pas être celle qui devait faire des films. Ça c’est net et clair. Le leitmotiv c’était d’entendre me dire : « Maurice lui, il sait exactement ce qu’il veut. Il est très différent de toi, sur un plateau, il sait ce qu’il veut faire. » Et j’ai rencontré Maurice, il a été formidable un moment avec moi. Il aimait bien ce que je faisais. Et il avait envie d’emmerder Gaumont. Cela faisait partie aussi de son truc qui consistait à emmerder les gens.

        Il aimait ce que vous faisiez ?

Catherine Breillat : Il est devenu un fanatique de mon livre Tapage nocturne (1979) qu’il lisait et relisait. Il a organisé chez Gaumont une projection de mon film. On était devenus très amis et il me disait : « Quand je vais voir tes films, ça va peut-être changer. » Gaumont en tout cas détestait Tapage nocturne. C’était la preuve que je ne pouvais pas être metteur en scène. Il y a une part de perversité chez Maurice. Dire qu’il adorait ce que je faisais serait présomptueux, même s’il a dit... Il a donc vu le film chez Gaumont et leur a dit : « Mais pourquoi vous ne produisez pas Breillat ! C’est elle qu’il faut produire ! Même moi ce n’est pas la peine de me produire ! »

        Et vous avez finalement entièrement signé le scénario de Police ?

Catherine Breillat : Oui Police (1985) ; c’est moi qui ai fait le scénario, c’est moi qui ai fait l’histoire. Que je l’ai inventée en le recopiant sur d’autres, c’est peut-être vrai, mais lui [Pialat] ne pouvait pas le recopier sur d’autres. Ni Jacques Fieschi, ni Sylvie Danton, ni tous les gens qui ont apporté leur signature pour des virgules ! Ils ont écrit des virgules. Voilà. Ce n’est pas beaucoup. Mais ça veut dire que quand on peut écrire une virgule, on peut co-signer un texte. C’est une manière de dire que l’auteur n’est pas l’auteur. Ce que je trouve honteux.
Ça n’enlève rien à Maurice Pialat et à son film. Mais c’était une forme de déni et de censure. J’ai dû prendre un avocat. Et dans le même temps, Gaumont, alors que je n’avais presque rien écrit sur Et vogue le navire (1983), j’étais créditée scénariste, on aurait cru que c’était moi qui avais écrit le scénario en entier. Mais j’aimais tellement Fellini qui, lui, était un Maître et pas un petit maître… Ce film de Fellini est comme un talisman, comme une métaphore absolument magnifique sur la mort de l’art et cela me convient mieux d’y être créditée ! C’est une paternité qui me convient mieux ! (rires)

        Mais vous aimez toujours Maurice Pialat ?

Catherine Breillat : J’aime beaucoup Maurice, mais je ne partage pas avec d’autres une renversante admiration pour lui. Ce n’est pas Maurice Pialat qui m’aurait fait devenir cinéaste, c’est Bergman, voilà. Je suis désolée, mais quand je regarde Fellini, je vois bien ce que c’est qu’un petit maître très estimable et un grand maître. Ce n’est pas la même chose.


 

 

 

Les "Portraits de Cinéastes" de Cadrage - Une collection dirigée par
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