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Visite
à La Maison des bois - Pialat la tendresse
- par François Chevassu
La Maison des bois (1971)
François Chevassu, critique de
cinéma (pour La Revue
du cinéma, qu'il représenta durant
de nombreuses années) a souvent écrit
sur le cinéma de Maurice Pialat. Il connaissait
bien le cinéaste qu'il avait rencontré
dans les années 60, dans le cadre de "soirées-cinéma"
que La Ligue de l'enseignement parisienne
avait pour habitude d'organiser. Maurice Pialat aimait
s'y rendre et une longue complicité s'instaura
entre les deux hommes... complicité qui les
mena tous deux aux photographies proposées
à la fin de cet écrit et qui furent
prises par François Chevassu, un jour de printemps
lors du Festival du Film de Cannes en 1972,
alors que Maurice Pialat présentait en conférence
de presse, son film Nous ne vieillirons pas ensemble.
Que soit chaleureusement remercié François
Chevassu pour sa collaboration et pour nous avoir
permis de diffuser les trois photographies inédites
du cinéaste qui figurent
en fin d'article...
C'est le drame de la télévision : elle
cultive l'amnésie. Son passé reste très
sagement rangé sur d'inaccessibles rayons.
C'est ainsi que, faute de pouvoir faire confiance
à une mémoire de presque vingt ans,
nous avions fait l'impasse de La Maison de bois
dans « Les drôles de chemins de Maurice
Pialat » (La Revue du cinéma
n°466, décembre 1990). Depuis, FR3
[la chaîne Histoire à présent...
NDLR] a rediffusé, avec une excessive
discrétion, ce qui reste un des meilleurs feuilletons
télévisuels et une des œuvres majeures
de Maurice Pialat, nous permettant du même coup
de combler notre lacune.
« La nature est trop
pleine du lait de la tendresse humaine
pour prendre le chemin le plus court. »
William Shakespeare
Le très succint résumé
joint au générique ne renvoie qu'un
très pâle reflet de La Maison des
bois parce qu'il est difficile de résumer
six heures de film en quelques lignes, parce que La
Maison des bois n'est pas portée par une
intrigue. Il s'agit bien davantage d'une de ces successions
de moments privilégiés qu'affectionné
son auteur. Séquences juxtaposées sans
apparent souci de continuité, sans liaisons
traditionnelles, mais sautant au contraire allègrement
d'un lieu, d'un temps ou d'une action à l'autre,
quand ce n'est pas les trois à la fois. Parce
que l'époque (la guerre de 1914) l'impose,
parce que, aussi, Pialat ne serait pas tout à
fait Pialat dans un monde sans histoire, les sept
épisodes de La Maison des bois sont
parfois marqués de fortes séquences
dramatiques. Ne serait-ce que l'annonce de la mort
de Marcel qui compte parmi ce que le cinéma
français nous a offert de plus émouvant.
Pourtant, c'est peut-être dans des scènes
bien plus innocentes (comme le déjeuner d'Hervé
chez le marquis ou la partie de campagne), plus encore
dans des regards échangés ou dans la
tendresse de phrases banales qu'on trouvera le mieux
le sujet et l'intérêt de La Maison
des bois. Tout en précisant qu'il est
pratiquement impossible de définir une hiérarchie
des scènes : le film assemble une subtile mosaïque
de moments étroitement imbriqués et
dont chacun se révèle vite indispensable
aux autres. Il faut la brève visite de l'instituteur
mobilisé au début du premier épisode
pour qu'on puisse, sans gratuité, briser l'enthousiasme
de l'armistice en rappelant les séquelles de
la guerre, via les graves blessures qui tiendront
Bourlat éloigné de son école
même la paix revenue. Cette mosaïque devrait
logiquement aboutir à une certaine confusion.
Pourtant, tout semble aller de soi. La force et l'immédiate
clarté de chacune des séquences confèrent
à l'ensemble une fluidité et une continuité
objectivement absenctes du montage. À quoi
il faut ajouter l'influence de personnages très
présents. Peut-être plus que dans tout
autre film de Maurice Pialat, il n'y a pas de «
héros » dans
La Maison des bois dont le titre désigne
bien une action collective. Le lieu y revêt
une importance particulière. L'interdépendance
qu'il impose met à égalité ses
habitants : microsociété, même
provisoire, où chacun intervient dans la vie
des autres, volontairement (comme Jeanne avec les
enfants) ou non (comme Marcel par sa mort ou les enfants
par leur départ). L'inscription sociale et
les ramifications du groupe font de la maison un lieu
de rencontres et de conflits. Ceux de ses habitants,
mais aussi ceux de personnages qui lui sont physiquement
extérieurs (les mères trouvent dans
leurs visites du dimanche l'occasion de complicités
et de rivalités, Paul y confie ses projets
et ses désillusions, l'échange d'affection
avec Hervé compense la solitude du marquis
et l'angoisse de Michèle face aux missions
de son mari, la vie du village et de ses habitants
socialisent l'action, etc.).
Un personnage pivot
Mais l'absence volontaire de héros
traditionnels n'interdit pas la présence d'un
personnage pivot qui, porteur du sujet, assure la
continuité du film. Ce personnage, c'est évidemment
Hervé, qui a bien des points communs avec ses
frères en Pialat. L'exclusion d'abord. Cet
enfant abandonné par sa mère, sans nouvelles
de son père, se sent marginalisé par
rapport à Michel et Bébert dont les
mères le lui font bien sentir. Loin de lui
en tenir rancune, Hervé souffre de l'absence
de cette mère qu'il vient vainement attendre
chaque dimanche à la gare. Une souffrance qu'il
partage avec François de L'Enfance nue,
même si, mieux encore que lui chez les Thierry,
il trouve une compensation avec la famille Picard,
puis auprès du marquis et de Michèle.
Car, à la différence de François,
Hervé s'il est déchiré ne s'en
montre pas caractériel. Tout de tendresse,
il cherche l'affection tant pour la donner que pour
la recevoir. Jeanne et Albert sont sans doute pour
lui des parents plus précieux que Paul qu'il
ne néglige pas pour autant ; il court voir
le marquis, se jette dans les bras de Michèle,
embrasse le lieutenant, accueille avec tendresse la
petite Magali, joue gentiment avec Brigitte, témoigne
son amitié à Pascal, reste aimable avec
Hélène qui ne peut pourtant pas remplacer
une mère qu'il espère toujours. Et sa
fugue finale pour venir voir « Maman Jeanne
», qu'il sait très malade, est un acte
d'amour jusque dans son désir de rester avec
elle.
Que Hervé soit porteur du sujet s'affirme par
la primauté qui lui est réservée.
Au point que le film quitte la maison des bois où
y revient avec lui dans les deux derniers épisodes,
et que Pialat en fera le seul des trois enfants digne
de participer à la douleur de la famille lors
de l'annonce de la mort de Marcel. Hervé est
trop porteur d'amour, trop attirant aussi, pour que
n'apparaisse pas très vite que ce sujet est
la recherche affective de

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