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questions à Claude Berri
Interview de Claude Berri par Philippe
Congiusti et Rémi Fontanel
Invité de l'émission "Brazil"
en Février 2005, Claude Berri a accepté
de répondre aux questions de Philippe Congiusti
("Couleur
3") à l'occasion de la sortie de son
film "L'Un reste, l'autre part" (Janvier
2005) ; l'occasion également pour nous de revenir
rapidement sur les relations que Claude Berri a entretenues
avec Maurice Pialat... des relations intenses
et complexes teintées d'amertume et de regrets
aussi...
Que soit remerciés chaleureusement
Philippe Congiusti et l'équipe de "Brazil"
("Couleur
3") pour leur collaboration et leur
soutien.
Pialat et Berri, les frères
ennemis
Histoire de famille instense, le film A
nos amours (1983) a été écrit
par Arlette Langmann (compagne de Maurice Pialat à
l'époque), la soeur de Claude Berri... Maurice
Pialat y incarne Roger (le père de famille)
qui décide de partir « parce qu'arrive
un jour où on en a marre »...
Pialat se serait inspiré de l'histoire
de la famille Langmann (laquelle lui était
très proche à un certain moment de sa
vie) pour écrire ce film, qui au départ
se nommait Les Filles du Faubourg... A
nos amours serait-elle quelque part l'histoire
de Claude Berri ?
Que pensez-vous de A nos amours
?
Claude Berri : Il s'agit d'un film que
je n'ai même pas vu. Je l'ai vu en partie un
soir à la télévision, simplement
parce que je savais que Pialat en avait complètement
modifié la vérité et le contenu.
Il n'avait qu'à raconter sa vie et pas la mienne
et celle de mon père. Il s'est attribué
le rôle de mon père ; il a fait de ma
mère une sorte de "harpie". En ce
qui me concerne, il me ridiculise en me faisant jouer
par Dominique Besnehard... Je savais suffisamment
de choses sur le film pour savoir que cela me déplairait
même si au départ il s'agit d'une scénario
de ma soeur, de sa vision de notre famille... Au départ
cela s'appelait Les Filles du Faubourg, scénario
écrit par Arlette qu'il s'est attribué...je
n'avais aucune raison d'aller voir le film.
Maurice Pialat et Claude Berri se rencontrent
en 1954, sept ans avant leur première collaboration
sur leur film de fiction Janine.
Dans Janine, tout commence dans une
cuisine bien modeste ; une mère attentionnée
donne ses dernières recommandations à
sa fille avant de partir travailler. Il fait nuit,
la petite fille termine son repas ; c'est une voisine,
une amie qui va garder la jeune fille jusqu'au lendemain
matin... c'est alors que la petite fille dit à
sa mère, qui s'apprête à partir
: « Plus tard maman, je voudrais
faire le même métier que toi. »
« On verra ma petite »,
lui répondra la mère nonchalamment...
On verra surtout, dans le plan suivant, que la mère
en question est une prostituée... une femme
dont deux hommes, amis (Claude Berri et Hubert Deschamp)
tomberont amoureux...
Comment avez-vous rencontré Maurice Pialat
?
Claude Berri : Je l'ai rencontré
par l'intermédiaire de Jean-Louis Trintignant
que l'on fréquentait tous les deux dans les
années 50 : nous étions alors très
amis. Nous avons réalisé ce court métrage
ensemble...puis ma soeur Arlette s'est mariée
et peu de temps après, il est parti avec ma
soeur avec qui il a vécu dix ans. Comme il
n'était pas facile à vivre (et je pèse
mes mots) et que ma mère n'arrivait pas à
avaler qu'il était à l'origine du divorce
de ma soeur avec son précédent mari,
cela compliquait nos rapports...
Pourquoi n'avez-vous pas réalisé
d'autres films avec Maurice Pialat ?
Claude Berri : J'ai coproduit avec
François Truffaut et Pierre Braunberger L'Enfance
nue.
Le temps a passé... Maurice devait être
l'attaché de production de mon film Le
Poulet et il m'a laissé tomber à
la dernière minute ; ensuite j'ai enchaîné
avec Le Vieil homme et l'enfant et il n'était
pas partie prenante dans ce projet...et puis, et puis...le
temps a passé...
Vous avez tourné quelques scènes
dans Sous le Soleil de Satan qui n'ont pas
été gardées ?
Claude Berri : J’ai dû tourner
deux ou trois jours puis il s'est séparé
de son opérateur. Il a voulu recommencer, tout
reprendre à zéro ; je m'étais
rasé le crâne pour lui... je jouais alors
Gallet, personnage vulgaire qui embrasse Sandrine
Bonnaire... je jouais vraiment mon personnage...j'étais
très impliqué...où il m'a trouvé
excessif ou pas bon du tout ou alors toujours dans
cette rivalité qu'il s'efforçait d'entretenir
entre nous deux, il a décidé de se séparer
de moi sur le tournage...pour jouer ce rôle,
il a pris son monteur (Yann Dedet [NDLR])...
Une rumeur a circurlé pendant un temps...vous
auriez financé la fin du tournage de son Van
Gogh ?
Claude Berri : Complètement
faux ; je ne sais pas d'où est partie cette
rumeur.
Maurice Pialat a déclaré que vous
étiez le seul véritable ami qu'il n'aie
jamais eu...
Claude Berri : Je peux dire que c'est
quand même de sa faute...que nos chemins se
sont séparés.
Pourquoi ?
Claude Berri : Il avait déclaré
que j'étais le "Pagnol du Faubourg-Poissonnière"...
et il a dû trouver que je... enfin, je produisais
d'autres films que les miens...est-ce que c'est cela
qui... ? Mais j'ai produit d'autres films que les
miens parce qu'à une certaine époque
on avait assassiné Le Cinéma de
papa et à partir de là, je n'étais
pas sûr de vouloir continuer à la mise
en scène...
Pourquoi ne pas avoir produit Pialat ?
Claude Berri : Nous avions essayé.
Je lui avais proposé le budget que je pouvais
lui offrir mais il se demandait, me demandait pourquoi
d'autres comme Veber ou Zidi par exemple avaient autant
d'argent et pas lui...
Et que lui répondiez-vous ?
Claude Berri : C'est assez compliqué...
ça c'est Pialat... mais cela n'enlève
rien à son talent et à des films qu'il
a réalisés qui sont admirables...
Quel film de lui est le plus admirable à
vos yeux ?
Claude Berri : La Gueule ouverte...
Entretien de Claude Berri réalisé
par Philippe Congiusti pour l'émission "Brazil"
("Couleur
3"), à Lausanne en Février
2005.
Philippe Congiusti est le rédacteur en chef
de l'émission de cinéma quotidienne
"Brazil" diffusée sur "Couleur
3".
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