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questions à Hervé de Luze
Entretien avec Hervé de Luze par
Alexandre
Tylski et Rémi
Fontanel
Né en 1949, Hervé de Luze a travaillé
comme monteur sur la plupart des films de Roman Polanski,
Claude Berri ("Jean de Florette", "Germinal",
etc.) ou encore Alain Resnais ("On Connaît
la chanson", "Pas sur la bouche").
Il a également monté le dernier film
de Maurice Pialat ("Le Garçu"), travail
surlequel nous l'avons questionné.
Comment est née votre passion du cinéma
?
Hervé de Luze : Mon père
travaillait dans la distribution et la programmation
chez Gaumont. Et de ce fait, il avait une
carte pour aller au cinéma gratuitement. Alors
qu’à l’époque, les gens
allait une fois par an au cinéma, j’y
allais deux à trois fois par semaine grâce
à la carte de mon père. Nous habitions
tout près des Champs-Elysées,
il y avait beaucoup de salles de cinéma, j’y
passais donc tout mon temps et je voyais surtout des
gros films commerciaux, que je n’ai pas nécessairement
aimé par la suite, mais qui m’ont certainement
donné l’envie de continuer. J’ai
baigné là dedans, énormément,
mais mon père, lui, n'était pas du tout
cinéphile. Pour lui, il était hors de
question que je fasse du cinéma, «
un métier de saltimbanques »,
encore moins de me payer une école de cinéma.
J’ai donc suivi un cursus universitaire normal
(études supérieures, "prépa
grandes écoles" : HEC, ESSEC, etc.).
La rencontre avec Henri Langlois aura été
importante pour vous ?
Hervé de Luze : A l'époque, ma
sœur travaillait à la Cinémathèque
Française avec Henri Langlois, à
la photothèque. J’ai voulu aller dans
une école de cinéma aux USA, à
UCLA, et obtenir une bourse pour financer mes études.
Pour cela, il me fallait une lettre de trois cinéastes
vivants, dont deux, au moins, devaient vivre et travailler
aux USA. J’ai donc été voir Henri
Langlois qui m'a promis de demander à Jean
Renoir et à Fritz Lang, mais il a ajouté
: « Tu sais, faire une école de cinéma!…
Il n’y a pas d’école pour être
écrivain, je ne vois pas pourquoi il y en aurait
pour être réalisateur. Le mieux c’est
de rester à la Cinémathèque,
tu verras plein de films, c'est la meilleure école
! »
Entre temps, un ami à moi avait été
aux USA et était rentré très
déçu par les américains.
Qu'avez-vous appris aux côtés de
Henri Langlois ?
Hervé de Luze : J’ai
beaucoup appris de Henri Langlois. Ca m’a marqué
à vie. La méthode Langlois, c’était
du montage. Ses cours, ça n'était que
des montages ! Il parlait au début du cours,
quelques minutes, puis il nous projetait 15 bobines
de films différents pour illustrer ses propos
et l’ordre de ce montage de bobines nous parlait
vraiment. En plus, je regardais trois films par jour
à cette époque.
Finalement, je suis rentré chez Gaumont
pour réaliser des sujets d'actualité.
Un travail plus proche du journalisme que du cinéma.
Je suis devenu illustrateur sonore et monteur son.
Et de fil en aiguille, je suis devenu monteur image.
Je travaillais sur des séries, des montages
d’images d’archives, la plupart du temps.
Etant assez mélomane, je pouvais utiliser différentes
musiques. Je me suis rendu compte qu’il y avait
peut-être plus de place pour l’imaginaire
dans le travail du monteur son que celui de monteur
: on pouvait mélanger des bruits et des musiques
de son choix alors qu’avec les rushes images,
il faut travailler obligatoirement avec le matériau
existant.
Comment avez-vous été amené
à travailler avec Maurice Pialat sur son dernier
film Le Garçu ?
Hervé de Luze : Contrairement
à ce qui a pu être dit et écrit,
j’ai été amené à
travailler sur Le Garçu tout simplement
parce que Yann Dedet, le monteur habituel de Maurice
Pialat, n’était pas libre à ce
moment-là. J’aimais beaucoup les films
de Pialat, je comprenais son style, c’était
passionnant et j’étais réellement
fou de joie à l’idée de travailler
avec lui.
Comment avez-vous ensemble appréhendé
ce montage ?
Hervé De Luze : En fait, on
se voyait tous les jours, mais on ne parlait quasiment
jamais du film ! On passait des heures table à
parler de tout et n’importe quoi, des templiers,
des spartiates, etc. Il avait une certaine distance
par rapport à ce film, comme s’il ne
voulait pas le finir et le livrer au public. Peut-être
parce que ce film était très personnel
je ne sais pas… C’était vraiment
un film de Maurice Pialat sur la paternité,
un sujet qui lui était très cher, sur
son père et son fils…
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