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questions à Hervé de Luze
Entretien avec Hervé de Luze par
Alexandre
Tylski et Rémi
Fontanel
Le récit est très éclaté
(plusieurs lieux, plusieurs personnages et aller et
retour)... on a l'impression qu'on n'est jamais allé
aussi loin dans un film de Pialat dans l'idée
de déstructurer le récit avec cette
narration éclatée…
Comment a t-il appréhender l'histoire qui finalement
n'a pas vraiment de "logique", de trame
définie ?
Hervé de Luze : Oui, il y a eu une
importante réécriture au montage. C’est
d’ailleurs à peine s’il y avait
un scénario de départ, que lui appelait
d’ailleurs le « hors d’œuvre
» ! Il n’y a pas de chronologie particulière.
On s’en fichait.
On remodelait le rythme de chacune des séquences
selon la place qu’on leur accordait, et leur
rythme pouvait changer ainsi selon leur emplacement.
La seule scène vraiment la plus construite
était la scène de l’enterrement.
Il y avait là pour Maurice quelque chose de
si profondément personnel, ce rapport père-fils,
la mort du père…
La scène finale au bar avec le jambon est
très impressionnante car on a l'impression
qu'un accident peut arriver à Antoine...y avait-il
cette volonté au montage de créer une
quelconque tension ?
Hervé de Luze : L'emplacement
et le montage de cette scène ne plaisait pas
à Pialat, je ne sais pas pourquoi. Finir comme
ça avec l'enfant ; il avait conscience de ce
danger d'accident avec la machine à couper
le jambon, ça le dérangeait… Mais
le film était ouvert, totalement ouvert, et
Maurice n’était pas un donneur de leçon,
surtout pas …
En quoi le processus de montage chez
Maurice Pialat est-il différent des autres
cinéastes avec lesquels vous avez travaillé
?
Hervé de Luze : Avec Alain
Resnais, tout est très planifié. Le
découpage, dès le tournage, est très
étudié et précis.
Ca l’énerve quand je dis ça, mais
c’est vrai. Ses rushes induisent toujours le
montage. La liberté de création est
plus limitée. Avec Claude Berri, il a une mise
en scène plus sauvage et au moment du montage,
son attitude est davantage celle du producteur : «
Trop long, trop court », etc. Avec Roman
Polanski, le montage est très instinctif. Aujourd’hui,
nous sommes plus complices que jamais. Quand il commence
une phrase, je la termine souvent, on se comprend
très vite.
Quel souvenir gardez-vous de Maurice
Pialat ?
Hervé de Luze : Son sourire. Il avait
en lui une grande douleur, parfois monstrueuse et
une immense douceur aussi… Pourtant il avait
ce sourire séduisant et enfantin.
Pour finir, quels conseils donneriez-vous
à de jeunes monteurs ?
Hervé de Luze : Comprendre comment chaque
film fonctionne. Savoir trouver une organisation pertinente
du récit à travers des procédés
différents et adaptés à chaque
fois. C'est-à-dire trouver la clé du
film...
Propos recueillis le 1er
Avril 2004 pour www.maurice-pialat.net.
Remerciements : Hervé de Luze et Sylvette
Baudrot.

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