| 
Entretien avec Matt Dray
par Rémi
Fontanel pour www.maurice-pialat.net
Maurice Pialat refusait la rigidité de
l’écriture, du scénario…le
mécanisme de la mise en scène…est-ce
que c’est quelque chose qui selon toi ne pourra
plus jamais exister au cinéma (contraintes
de la production) ou y a-t-il au contraire encore
aujourd’hui la possibilité de travailler
de cette façon ?
Matt Dray : À n’en pas douter,
Maurice Pialat avait raison de refuser la rigidité
de l’écriture. Un scénario, ça
n’est rien qu’un accessoire, qu’un
outil, qu’une arme de persuasion nécessaire
"contre" les financiers. Il y manque l’invention
d’un tournage. C’est là que tout
prend forme. Au tournage. Le problème, c’est
qu’aujourd’hui, avant d’être
produit, il faut que le scénario soit impeccable
"de A à Z". En présentant
le scénario, il faudrait presque présenter
le film avec, déjà tourné, monté
et projeté. Moi, je suis d’accord pour
me soumettre à ce genre de contraintes, pour
faire plaisir, mais au tournage, c’est finit,
on fait autre chose. Il est certain qu’au jour
d’aujourd’hui, pour convaincre les producteurs
qui ne sont pas, pour la plupart d’entre eux,
des poètes, et qui ne veulent ni perdre leur
temps, ni leur argent, il est préférable
de parvenir à leur proposer un scénario
convenable, en béton armé, "parfaitement
parfait". Les contraintes de production laissent
de moins en moins la place à l’imprévisible.
C’est ainsi.
Très peu, trop peu d’études, d’ouvrages
existent aujourd’hui sur le cinéaste
qui fut l’un des plus importants dans le cinéma
français…comment expliques-tu ce manque
?
Matt Dray : Parce que Pialat n’est pas
encore tout à fait mort pour les universitaires
et tous les analystes et historiens du cinéma.
J’entends dire que, sur une telle œuvre,
aussi riche et complexe que celle de Maurice Pialat
il faut y passer du temps, il faut laisser passer
le temps aussi…
Qu'est-ce que Maurice Pialat aura apporté au
cinéma français ?
Matt Dray : Maurice Pialat a apporté
un regard nouveau dans le cinéma français,
un regard qui ose s’aventurer dans les complexes
relations entre les êtres.
Quels souvenirs garderas-tu de ta rencontre avec Willy
Kurant, chef-opérateur de quelques films de
Pialat ?
Matt Dray : La rencontre avec Willy Kurant
a été formidable. C’est quelqu’un
de très chaleureux, qui communique beaucoup,
qu’on a envie d’écouter, qui a
beaucoup d’humour et un sacré talent
de chef opérateur, une riche expérience.
Nous avons discuté en sa compagnie pendant
plus de quatre heures ; nous avons parlé de
Pialat, mais aussi de Welles, de Godard, de ses expériences
américaines, de la difficulté à
éclairer les films, de l’étalonnage,
des histoires de la vie et du temps. Dans ce genre
de rencontre, il est toujours nécessaire de
tendre l’oreille et de se laisser aller simplement.
Nous étions, Bernard Payen et moi-même,
ravis de notre journée passée en sa
compagnie.
Peux-tu nous parler de tes futurs projets personnels...
Matt
Dray : Donc, comme je le disais, j’ai réalisé
un film de 30 minutes en 35 mm, que j’ai tourné
fin 2003 en Charente. J’ai actuellement du mal
à le montrer et à le distribuer. J’ai
été à Angoulême pour présenter
le film. L’accueil a été très
bon. Les festivals sont plutôt réticents
pour le moment ; enfin, ça se débloque,
petit à petit, grâce à l’énergie
de l’équipe de Sacrebleu Productions.
Le film est allé au Brésil, à
Aigues-Mortes, à Villeurbanne et à Téhéran.
Il est toujours difficile pour les festivals de programmer
des films de 30 minutes. Il a aussi ses défauts.
Alors, j’ai profité de mon temps libre
pour finir l’écriture d’un long-métrage
que je compte bien amener jusqu’à l’écran.
Travail et imagination, toujours. Il faut «
FAIRE » et il n’y a que ça en vérité.
Peu importe quand, comment et avec quels moyens. Enfin,
je suis partie deux mois en Russie pour tourner un
documentaire avec une réalisatrice franco-hollandaise,
Nathalie Alonso Casale. Elle m’a proposé
de faire la musique de son deuxième long-métrage,
Figner, the end of a silent century. Ce fut
une belle expérience. Maintenant, le film est
terminé. Il faut continuer. Il n’est
jamais trop tard dans ce métier. Pialat en
un parfait exemple.

Propos
recueillis à Paris en Octobre 2005 pour www.maurice-pialat.net.
|