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Entretien
avec Gérard Courant
- A propos
du Cinématon de Maurice Pialat -
Interview de Gérard Courant par
Rémi
Fontanel
Gérard
Courant est réalisateur. Il est notamment le
père du Cinématon
et ce depuis 1977, date à laquelle
il a décidé de filmer le tout premier
portrait d'une série qui comprend à
l'heure actuelle plus de 2000 petites oeuvres d'une
durée chacune de 3 minutes 55 secondes.
Le 17 Juillet 1982, Gérard Courant rencontre
Maurice Pialat (et ses actrices) lors de la préparation
de son film A nos amours. Il réalise
alors son 236ème
Cinématon. Il réalisera aussi
dans la foulée les Cinématons
de Maïté Maillé et Sandrine Bonnaire
(respectivement 237ème
et 238ème
films de la série). Gérard Courant revient
pour nous sur ce moment unique dont il n'a rien oublié.
L'équipe de www.maurice-pialat.net
remercie chaleureusement Gérard Courant pour
sa collaboration et pour les photogrammes diffusés
au sein de l'entretien qui suit. Ces photogrammes
sont extraits des différents Cinématons
tournés ce jour d'été 1982
à Neuilly-sur-Seine.
Comment est née l’idée du Cinématon
?
Gérard Courant : C’est une
longue histoire… qui est née dans les
années 1970. Au début de cette décennie,
j’étais un cinéphile fou et obsessionnel
qui allait voir jusqu’à cinq films par
jour. Mon ambition n’était pas de rester
ce cinéphile excessif, mais de réaliser
des films qui, j’en avais le secret espoir,
essaieraient de sortir des sentiers battus de la production
cinématographique ordinaire. Mon but n’était
donc pas d’essayer de concurrencer – et
j’en aurais été bien incapable
! – des cinéastes que j’admirais
comme Antonioni, Godard, Bergman, Dreyer, Bresson,
Eisenstein ou les burlesques américains (Keaton,
Langdon). Non, mon projet et ma démarche étaient
essentiellement artistiques : je désirais creuser
mon sillon en essayant de faire des films qui, surtout,
– c’était là mon obsession
– ne ressembleraient pas à ceux qui existaient.
Même si le cinéma était mon centre
d’intérêt principal, j’étais
également très attiré par l’art
contemporain dont les artistes n’hésitaient
pas à travailler sur le système de la
série. Et ce travail, sur l’accumulation,
les variations et la répétition, m’attirait
beaucoup.
Je m’intéressais beaucoup aux cinéastes
et aux artistes. Je fréquentais les festivals
de cinéma où j’eus l’occasion
de rencontrer de nombreux metteurs en scène
et acteurs dont j’appréciais beaucoup
les films : Marguerite Duras, Marcel Hanoun, Robert
Lapoujade, Jean-Marie Straub et Danièle Huillet,
Daniel Schmid, Michael Snow, Werner Schroeter, Jean-Luc
Godard, Luc Moullet, Stephen Dwoskin, Gregory Markopoulos,
Philippe Garrel, Rainer Werner Fassbinder, Jacques
Robiolles, Paul Vecchiali, Nagisa Oshima, Chantal
Akerman ou Ingrid Caven. Rien que du beau monde !
En spectateur assidu des festivals de cinéma
et de la Cinémathèque française,
je m’étonnais de voir si peu de films
faits sur des cinéastes et des artistes. Mon
étonnement fut encore plus grand lorsque je
m’aperçus qu’il n’existait
presque pas de films sur des artistes majeurs de la
première partie du XXème siècle,
qui tous, pourtant, étaient des artistes contemporains
du cinéma !
C’est de là qu’est venue, petit
à petit, l’idée de filmer ces
personnalités avec des règles du jeu
très particulières sur lesquelles je
vais m’expliquer.
Vers quoi vouliez-vous aller lorsque vous avez
débuté, lorsque vous avez eu cette idée
de « portraits » assez inédits
?
Gérard Courant : Mes moyens
matériels et financiers étant réduits,
je ne pouvais pas me permettre de réaliser
des essais comme peuvent le faire si aisément
les peintres et les écrivains. Ce manque de
moyens m’obligea à une longue réflexion.
Comment réaliser et comment financer moi-même
ce travail ? C’est après avoir répondu
à ces interrogations, qui durèrent plusieurs
années, que je me jetais enfin à l’eau
le 18 octobre 1977 en réalisant le numéro
0 de la collection : mon propre portrait. Quand je
découvris le résultat, je fus très
surpris par mon comportement devant la caméra
car je pensais n’avoir rien fait. Je fus stupéfait
par la multitude d’expressions qui se lisaient
sur mon visage. À l’évidence,
mon dispositif fonctionnait ! C’est alors que
le 7 février 1978 je me lançais véritablement
dans l’aventure en filmant le premier Cinématon,
celui de ma concierge du 42, rue de l’Ouest
à Paris.
Mais tout ça n’est que de l’anecdote.
Ce que je voulais faire passer au public tenait dans
ces trois points :
1) Je désirais conserver une mémoire
cinématographique du milieu que je côtoyais
: les milieux du cinéma et de l’art.
2) Je tenais à ce que ces portraits soient
différents des portraits que l’on voyait
au cinéma ou à la télévision.
3) Je voulais réaliser un grand nombre de portraits.
Au départ, j’imaginais un film de 24
heures (soit environ 340 portraits), ce qui me semblait
très ambitieux. Mais très vite, au bout
de quelques mois, je me suis fixé un objectif
plus élevé : filmer 1000 Cinématons
(soit environ 70 heures de film). Puis lorsque, au
bout de dix années de tournage, j’ai
filmé le 1000ème
Cinématon –
le mien – j’ai désiré continuer
et ne pas me fixer de limites.
Comment pourriez-vous qualifier, dans ces grandes
lignes, le principe du Cinématon ?
Gérard Courant : Le Cinématon
répond à des règles très
précises.
Tous les portraits, sans exception, sont réalisés
selon les mêmes règles, je dirais les
mêmes contraintes, les mêmes commandements.
Voici les 10 commandements du Cinématon
:
1) La caméra cadre un gros plan fixe du visage
d’une personnalité des arts et du spectacle.
2) La caméra cinématographique est fixée
sur un trépied.
3) La caméra filme pendant 3 minutes 25 secondes,
le temps d’un chargeur "Super 8".
4) Il y a une seule prise.
5) Il n’y a pas de son.
6) Il n’y a pas de changement de mise au point.
7) Il n’y a pas de modification de cadrage en
cours de tournage.
8) Il n’y a pas de coupure pendant le tournage
et pas de montage.
9) La personne filmée est libre de faire ce
qu’elle veut.
10) Le "cinématoné" accepte
que son portrait soit montré au public.
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