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Questions
à Gérard Courant
- A propos
du Cinématon de Maurice Pialat -
Interview de Gérard Courant par
Rémi
Fontanel
On voit Maurice Pialat assez calme, assez figé,
le regard déterminé puis, ensuite, au
fil du film, on le voit bouger, s’exprimer,
presque commenter ce qui se passe… Quels souvenirs
gardez-vous de ce moment de tournage ?
Gérard Courant : En fait, Maurice
Pialat ronchonnait contre son assistant. Et cela,
aussi bien durant le tournage de son portrait que,
ensuite, lorsque nous conversâmes longuement
dans son bureau. Maurice Pialat disait qu’à
cause de lui (et indirectement à cause de moi),
il perdait son temps. Bien sûr, c’est
quelque chose que je comprenais. Quand on prépare
un film, on a autre chose à faire que de jouer
au jeu du Cinématon. Mais tout ça
me semblait bien théorique car, en apparence,
Maurice Pialat ne faisait rien. En apparence, seulement,
car il passait son temps à observer ses deux
futures comédiennes. Un mois avant de commencer
son tournage, il faisait déjà de la
direction d’acteur ! Après avoir longuement
rouspété sur le fait qu’il perdait
son temps (à cause du Cinématon
et de la conversation qui la précéda
et qui s’en suivit) il quitta le bureau pour
aller prendre un verre au café d’en bas
avec Sandrine Bonnaire et Maïté Maillé.
Sur le moment, je ne compris pas pourquoi, après
avoir dit ce qu’il venait de dire concernant
sa gestion du temps, il allait gaspiller une autre
partie de son temps dans un bistrot. En fait, c’est
bien plus tard que je découvris la réponse
: il avait besoin de se retrouver seul avec Sandrine
et Maïté pour continuer à les observer
dans leurs faits et gestes, pour aller rechercher
des sentiments enfouis au plus profond d’elles-mêmes
qu’il allait, ensuite, utiliser dans son film.
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Que vous dit-il au moment où on le voit
s’exprimer ?
Gérard Courant : Il
s’étonnait que le Cinématon
soit muet mais il ajouta que mon entreprise méritait
les plus grands éloges et que c’était
"gonflé de faire un film sur autant d’années
de tournage. Et aussi, comme je viens de le dire,
il rouspétait contre Vincent Nordon, responsable
à ses yeux du tournage du Cinématon
alors qu’une longue journée de travail
attendait les deux hommes. Sur ce dernier point, je
voudrais dire deux ou trois choses concernant mon
film 2000 Cinématons. Il s’agit
d’un long métrage documentaire sur mon
aventure "cinématonienne" qui fut
tourné en 2001 pour la télévision.
Pour les besoins de ce film, j’avais retrouvé
et interrogé Vincent Nordon. Ce dernier confirme
les frictions entre Pialat et lui-même suite
au tournage du Cinématon : «
Mais après, le Pialat qui avait une dent contre
moi… Pourquoi ? Parce qu’il marche à
la haine… Une fois ton départ, une fois
que tu as pris ta valise, ta caméra Super 8
et que je suis resté dans le bureau de Maurice,
alors là, je me suis pris un savon du tonnerre
de Dieu ! »
De quoi avez-vous parlé ? Avez-vous parlé
de cinéma ? Quel regard a-t-il eu sur le format
que vous utilisiez ?
Gérard Courant : Nous avons
évidemment parlé du film qu’il
préparait, À nos amours sans
entrer dans le détail du scénario. Nous
avons surtout parlé de son producteur et ami
Daniel Toscan du Plantier que je connaissais pour
avoir souvent participé aux soirées
qu’il organisait durant le festival de Cannes
après les projections des films produits par
la société Gaumont. Jusqu’à
ce jour-là – le 17 juillet 1982 –
Daniel Toscan du Plantier avait les pleins pouvoirs
sur le choix des films qu’il produisait. Ce
17 juillet fut le début de son déclin
chez Gaumont. Son champ d’action et
de liberté fut sévèrement réduit.
C’était, en quelque sorte, le début
de la fin. Quelques années plus tard, il dut
quitter la "Vieille Dame du cinéma".
En ce qui concerne le "Super 8", il avait
comparé, à juste titre, ma caméra
à un pinceau. Évidemment, c’était
le peintre qui sommeillait en lui qui se réveillait.
 
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