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Questions
à Gérard Courant
- A propos
du Cinématon de Maurice Pialat -
Interview de Gérard Courant par
Rémi
Fontanel
Quel regard portait Maurice Pialat sur son Cinématon
?
Gérard Courant : Je l’ignore
car je ne sais pas s’il a vu son portrait. Pourtant,
j’ai pour habitude d’inviter systématiquement
les "cinématonés" aux projections
publiques de leurs portraits. Bien entendu, j’ai
invité Maurice Pialat à la première
présentation de son Cinématon
qui a eu lieu le mardi 14 décembre 1982. C’était
au cinéma Studio 43 – où
j’y montrais régulièrement les
Cinématons – au 43, rue du Faubourg
Montmartre dans le 9ème
arrondissement de Paris quand Dominique Païni
en était son programmateur. Mais le cinéaste
n’est pas venu. Je l’ai réinvité
en d’autres occasions et il n’a jamais
honoré ces projections de sa présence.
Son Cinématon a également été
montré à la télévision
à plusieurs reprises. L’a-t-il vu lors
de ces diffusions ? Je l’ignore aussi. Comme
je n’avais plus de relations qui tournaient
autour de la personne de Maurice Pialat, je n’ai
jamais pu savoir s’il s’était vu.
Quels rapports avez-vous entretenus par la suite avec
le cinéaste ?
Gérard Courant : Je
n’ai jamais eu l’occasion de revoir Maurice
Pialat. Même pas au festival de Cannes lorsqu’il
reçut la palme d’or en 1987. Pourtant,
cette année-là, je présentais
l’un de mes long-métrages, Les Aventures
d’Eddie Turley dans la section Perspectives
du cinéma français et cela aurait
pu être une occasion de nous rencontrer à
nouveau.
Il y a certains cinéastes que je n’ai
jamais croisé (comme Renoir ou Tati), d’autres
que je n’ai vu qu’une fois (comme Pialat,
Gance ou Truffaut) et d’autres encore que j’ai
rencontré souvent (Astruc, Duras, Godard, Garrel,
Mocky, Rohmer). Ce n’est pas une question d’affinités
: c’est beaucoup plus une question de hasard.
Avez-vous voulu refaire un Cinématon
de Maurice Pialat ?
Gérard Courant : Comme je le disais,
nos chemins ne se sont jamais recroisés. Si
l’occasion s’était présentée,
je n’aurais pas hésité une seconde
pour faire un deuxième Cinématon
avec Maurice Pialat. Comme j’ai eu de la chance
d’en refaire un, en 1995, avec Sandrine Bonnaire.
Et je ne l’ai pas regretté car son deuxième
Cinématon, filmé 13 ans après
le premier, est étonnant car il est presque
identique à celui de 1982. Entre temps, elle
avait réalisée une grande carrière
de comédienne, elle avait acquis du métier,
comme on dit, bref, elle connaissait toutes les ficelles
du jeu d’acteur. Et pourtant, dans son second
Cinématon, elle était aussi
innocente et vraie que dans son premier où
elle était totalement étrangère
au monde du cinéma.
Ce qu’il y a de très émouvant
dans ce Cinématon que vous avez réalisé
de Pialat, c’est que ce « portrait »
muet semble assez bien correspondre à l’homme
qu’il était… le regard, la posture,
la fermeté du visage… A votre avis, ce
film est-il à vos yeux fidèle à
ce que Pialat incarnait alors ?
Gérard Courant : Je partage votre avis.
Ces 3 minutes 20 secondes de cinéma semblent
extraits d’un de ses films. C’est du Pialat
pur jus. Dans la justesse du regard, des gestes. Et
aussi, comme vous le dîtes, dans la fermeté
du regard.
Quels films de Pialat vous ont le plus marqués
?
Gérard Courant : Je voudrais
déjà dire que je ne connais pas tous
les films du cinéaste. Par exemple, je n’ai
toujours pas vu L’Enfance nue ni La
Gueule ouverte qui sont très prisés
des cinéphiles. Cela dit, j’ai vu un
nombre suffisamment important de ses films pour avoir
ma petite opinion. J’ai parlé tout à
l’heure de Passe ton bac d’abord.
Je pense aussi à À nos amours,
pour les mêmes raisons avec, en supplément,
la présence de Pialat acteur. D’une manière
générale, je préfère la
veine des films faits avec des acteurs non professionnels
plutôt que celle des films faits avec des stars
comme Van Gogh, Sous le soleil de Satan
ou Police.
Quel film plus précisément retiendriez-vous
de sa filmographie ?
Gérard Courant : Passe
ton bac d’abord, parce qu’à
partir d’un sujet mince et intimiste, il crée
un monde personnel tout en nous intéressant
– nous, spectateurs – à ce monde
intérieur. Cela me fait penser aux films d’Ingmar
Bergman qui a réalisé plusieurs de ses
films sur la petite île de Farö, dans la
Baltique, avec une poignée d’acteurs
en traitant des sujets les plus personnels et les
plus intimes. À partir de ce petit échantillon
de l’âme humaine et de ce minuscule territoire,
Bergman intéressait les spectateurs du monde
entier. Il y a aussi de ça dans le film de
Pialat.
Que pourriez-vous nous dire d’autre sur ce Cinématon
dédié à Maurice Pialat ?
Gérard Courant : Juste quelques
précisions concernant le déroulement
de cette journée du 17 juillet 1982. Je suis
arrivé à mon rendez-vous à 15
heures et j’ai d’abord filmé –
metteur en scène oblige ! – Maurice Pialat
à 16 heures, puis j’ai enchaîné
avec Maïté Maillé à 16 heures
10, Sandrine Bonnaire à 16 heures 20 et, enfin,
Vincent Nordon, à 16 heures 40. Maurice Pialat,
Maïté Maillé, Sandrine Bonnaire
et Vincent Nordon sont les 236ème,
237ème,
238ème
et 239ème
portraits de la collection.
Aujourd’hui, les Cinématons
sont au nombre de 2096 et l’ensemble dure environ
150 heures. La dernière rétrospective
intégrale a eu lieu du 23 avril au 2 mai 1998
à Toronto, au Canada, où furent montrés
les 1870 Cinématons qui existaient
à l’époque.


Propos recueillis à Paris en Décembre
2004 pour www.maurice-pialat.net.
Remerciements : Gérard
Courant.
Gérard
Courant
Cinéaste et critique de cinéma.
Auteur de plus de 2000 cinématons
(réalisés depuis 1977).
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