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Sous
le soleil de Satan par Michel
Estève
-
de Georges Bernanos à Maurice Pialat -
Sous le soleil de Satan (1987)
Les
cinéastes se plaisent parfois à puiser
leur source d'inspiration dans les chefs-d'oeuvre
de la littérature universelle. De la tragédie
ou du roman au film, la filiation peut donner des
équivalences de chefs-d'oeuvre : ainsi l'Othello
d'Orson Welles ou L'Idiot d'Akira Kurosawa.
Mais il est des romans très difficiles à
transposer à l'écran en raison de l'originalité
de la vision du monde et de l'écriture qu'ils
proposent. Ceux de Bernanos relèvent de cette
catégorie.
En 1951, Robert Bresson avait réussi à
restituer le secret de Journal d'un curé
de campagne - la foi nue vécue comme une
réalité existentielle fondamentale -
au moyen d'une esthétique très différente
de celle du roman de Bernanos. Mais Nouvelle histoire
de Mouchette (1967) nous apparaissait moins riche
et moins complexe que l'oeuvre originale. L'adaptation
de Sous le soleil de Satan, réalisée
par Maurice Pialat1,
se situe davantage du côté de la seconde
transposition de Bresson que de la première.
En 1970, Pierre Cardinal avait déjà
adapté le célèbre roman de Bernanos
pour la télévision au moment même
où Pialat aurait souhaité le faire pour
le grand écran. C'est dire combien ce projet
lui tenait à coeur puisqu'il accepta d'attendre
seize ans avant de pouvoir le voir aboutir. Patience
récompensée par la "Palme d'or"
obtenue au Festival de Cannes 1987.
Du premier roman de Bernanos qui, en 1926, rendit
célèbre son auteur du jour au lendemain
(pour ses dons de visionnaire, son sens des images
et l'authenticité de son évocation de
la sainteté), Maurice Pialat reprend fidèlement
le climat de l'époque (costumes, lampe à
pétrole et bougie du presbytère, voiture
à cheval), les constantes du paysage - la campagne
de l'Artois et du Pas-de-Calais - les trois principaux
personnages : Donissan (Gérard Depardieu),
Mouchette (Sandrine Bonnaire), Menou-Segrais (Maurice
Pialat lui-même), enfin les épisodes
essentiels d'une fiction centrée sur une problématique
de Satan.
Dans son adaption, le cinéaste concentre
et resserre l'action au point de modifier la structure
comme la durée du récit bernanosien,
prenant le risque d'éliminer non seulement
des comparses secondaires, mais aussi un personnage
important : l'écrivain Saint-Marin (les séquences
tournées avec Alain Cuny ayant été
coupées au montage).
Roman du surnaturel incarné, Sous le
soleil de Satan reçoit du mystère
chrétien de la "communion des saints"
l'unité de sa structure. Au premier abord,
le lecteur discerne mal les liens établis par
l'auteur entre les trois parties du livre : "Histoire
de Mouchette", - le Prologue -, dont le ton rappelle
celui des nouvelles de Barbey d'Aurevilly, se déroule
vers 1880 ; les derniers chapitres de la Deuxième
Partie - "Le saint des Lumbres" -, vers
1920, puisque le sacerdoce de Donissan s'exerce pendant
environ quarante ans ; cinq ans s'écoulent
entre le suicide de Mouchette (Première Partie)
et la nomination de Donissan comme curé de
Lumbres ; le prêtre n'apparaît pas dans
le "Prologue", Mouchette est absente de
la Deuxième Partie. Pourtant, la structure
même du roman vise à suggérer
la réalité humaine du mystère
de la "communion des saints", le rachat
d'une âme désespérée par
la souffrance d'un prêtre exceptionnel qui participe,
à sa mesure, à la Passion du Christ
: 1) "Histoire de Mouchette" ou le désespoir
du pêcheur (de l'humanité souffrante)
; 2) "La tentation du désespoir"
- Première partie - ou les souffrances du "saint"
dont la portée s'affirme rédemptrice,
à la façon de la mort du Christ, puisqu'en
définitive le suicide de Mouchette s'ouvre
sur la révélation de Dieu et le désir
d'expirer à l'église ; 3) "Le saint
de Lumbres" ou la vocation du "saint".
Par rapport à l'ensemble du roman, cette deuxième
partie joue, en quelque sorte, le rôle d'un
microcosme et donne au lecteur l'intuition de ce que
furent les épreuves, les combats et les tentations
d'une vie sacerdotale vouée à la lutte
contre le Mal par amour du Christ.
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