Janvier 2005, Gaumont édite en DVD


Elle est des nôtres
un film de
Siegrid Alnoy (2003)

Christine Blanc veut se faire adopter par « la communauté humaine ».
Tout à coup, elle partage les valeurs de cette communauté : celles du crime. Stupeur...
Les bras du monde s'ouvrent, les verres trinquent : « elle est des nôtres »...

Fiche technique
Distribution
Réalisation : Siegrid Alnoy
Scénario : S. Alnoy, F. Favrat, J. Beaujour
Directeur de la photographie : Christophe Pollock
Musique : Gabriel Scotti
Production : BC Films
Distribution : Ad Vitam
Durée : 100 minutes
Christine : Sasha Andres
Patricia : Catherine Mouchet
Degas : Carlo Brandt
Eric : Eric Caravaca
Sébastien : Pierre-Félix Gravière
Danjard : Jacques Spiesser
Pascale : Mireille Roussel
Le père : Daniel Ceccaldi
La mère : Geneviève Mnich
Marie-Noëlle : Dominique Valadié
Le policier à l'accueil : Pascal Cervo

Les suppléments
Nos enfants : court-métrage de Siegrid Alnoy (5 min.)
Paroles, paroles ! : commentaire audio du film de Siegrid Alnoy
De côté réalisé par Siegrid Alnoy et Benoit Quinon, à partir d'images de tournage (35 min.)
Séquences inédites
Bande-annonce
Ode à Daniel Ceccaldi : montage de Benoit Quinon sur un texte de Siegrid Alnoy (5 min.)
Carnet de notes de Siegrid Alnoy, livret de 44 pages, préfacé par la réalisatrice

Les caractéristiques techniques
Durée : 100 minutes
Langue
: français
Format image : 16:9 compatible 4/3 format d'origine respecté 1.85
Son : Français (Dolby Digital 5.1)


La critique de la rédaction
        Rouge solitude : tel aurait pu être le nom de cette première oeuvre magnifique, audacieuse, envoûtante dès ses tous premiers plans, prenante dès lors que le personnage principal du film fixera au tout début et de manière perçante, l'objectif de la caméra. Plan fixe, regard caméra : le ton est donné, pour ce film comme pour tous ceux qui suivront et que l'on espère nombreux.
        Ce personnage principal (Christine Blanc interprété par Sasha Andres) n'a rien d'une héroïne ; sa vie semble réglée, programmée dans un monde fait de silences et d'apparences qu'elle ne peut fuir qu'en commettant l'irréparable (un meurtre) ; comme si commettre l'irréparable était une forme de salut, de solution morbide à sa tristesse qui, de toutes les façons, durera toujours...parce que comme l'a dit Maurice Pialat en reprenant les mots de Vincent Van Gogh, « la tristesse durera toujours » dans un monde composé de formes géométriques trop bien agencées (les espaces regorgent de lignes, de carrés, de ronds, de triangles dans les lesquels Christine ne cesse de se noyer), de constructions architecturales trop bien employées (par exemple, l'entrée des bureaux de l'entreprise est faite d'une multitude des triangles rouges qui neutralisent une quelconque pensée des lieux).

        La couleur rouge est ainsi présente dans tous les coins de l'image. Fenêtres, enseignes, posters, voiture (auto-école), camions (de l'entreprise GST), blouse des caissières, serviettes, fauteuils, extincteur (celui du cime évidemment), etc., etc. : tous ces éléments du décor contribuent à positionner Christine dans un environnement dramatiquement intense. Rouge profond, rouge baiser, rouge sang. En effet, son pull-over est rouge également, comme si elle-même faisait partie de ces lieux qui, comme elle le dit, ne lui demandent rien (c'est pour cela qu'elle les aime tant d'ailleurs) contrairement à cette communauté humaine qu'elle ne peut ou ne veut intégrer... car l'intégrer serait synonyme de monotonie, de compromis avec un monde trop désertique, trop fade, trop fantomatique. Ceux qui entourent Catherine sont tous à leur manière des fantômes qui errent à la recherche d'un bonheur incertain. Sans formes, les visages serrés, de gris ou de noir vêtus, ils arpentent les lieux sans les incarner, sans les transporter alors même qu'en face d'eux, se démène une femme silencieuse qui tente de vivre dans des endroits trop vides ; le choix d'aller filmer à Annemasse (Haute-Savoie) est intéressant tant cette ville reste une sorte d'étape, une cité transitoire, une ville-dortoir (pour les frontaliers qui travaillent à Genève), une ville carrefour (entre la France et la Suisse, l'Italie et le reste de l'Europe de l'Est), un lieu où l'on passe mais où l'on ne s'arrête pas.

        Rouges façades, espaces sans vie, déshumanisés, univers plat et sordide : les extérieurs (la géographique en somme), sont le miroir de l'âme des personnages de ce film troublant parce qu'à la limite du fantastique ou plutôt d'une métaphysique que les images viennent supporter et amplifier. Deux personnages, autour de Christine, se détachent de cet environnement : l'inspecteur Degas (Carlo Brandt) et Sébastien le jeune stagiaire (Pierre-Félix Gravière), car ils sont les seuls à pouvoir voir au-delà des apparences. Ces personnages, plein d'amitié pour Christine et répondant enfin au vrai et seul désir de cette dernière (l'amour, comme un lien authentique et pur), sauront la conduire vers la vérité, sa propre vérité, comme la psychanalyse aurait pu le faire aussi d'un certain côté. Quand ils devinent qu'elle est une meurtrière, ils ne la rejettent pas mais au contraire savent l'acccompagner, vers sa fin, sa véritable destinée.

        Questionnement sur « l'intime et le collectif », véritable vibration, passage du visible au lisible, ce film relate pour ainsi dire une épopée : celle d'une femme dont la conscience va peu à peu s'éveiller, pour devenir aussi un parcours profond vers le réel et la délivrance.

        Dans son très beau Carnet de notes (fourni avec le DVD du film), la réalisatrice Siegrid Alnoy évoque son intention « d'inventer mystérieusement, entre les objets, les paroles, les proportions, les lumières, le lieu de l'insuffisance centrale de l'âme, dans ce monde.»
        Non seulement elle y est arrivée mais elle est allée, semble t-il, bien au-delà...












Les "Portraits de Cinéastes" de Cadrage - Une collection dirigée par
© Cadrage/Arkhome 2004