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A
propos du Garçu...
ou le "son de guerre"...
Entretien avec Jean-Pierre Duret par
Lucie Asathal
Quels sons t'ont le plus marqué
?
Jean-Pierre Duret : Pour un ingénieur
du son, les voix qui font peur sont les voix blanches,
maigres, fluettes. Mais
toutes les voix sont belles, il faut juste parvenir
à trouver, avec nos outils, la bonne façon
de les restituer. Bien entendu, j’aime bien
la voix de Depardieu, on a vu cet acteur dans beaucoup
de bons films et autres. Et on a envie d’enregistrer
une voix comme celle-là. La voix de Depardieu
est magnifique parce qu’il sait prendre les
mots en charge, les sortir, il sait rythmer une phrase.
Comme disait Bacri, en parlant d’un autre comédien
sur un film sur lequel j'avais travaillé, «
tiens, ce comédien, il a la flûte ! ».
C’est ce qui se dit au théâtre.
Les mots sont phrasés, rythmés, sont
magnifiques ! Et Depardieu justement a ce talent énorme.
C’est un talent qui est dû à beaucoup
d’apprentissage mais aussi, et ça c’est
la marque des grands comédiens, au travail
même de bâtir son art sur l’instant,
sur ce qui vient ; c'est-à-dire de vider et
de construire la scène avec ce qu’ils
sont dans la seconde même et de vivre l’instant
intensément et profondément. Depardieu
est un "monstre" pour ça et ça
lui permet d’avoir une capacité d’improvisation
formidable.
La voix de Géraldine Pailhas était très
bien aussi, celle de Rocheteau également.
Ce
qui est intéressant, c'est d’avoir des
voix différentes. Je pense que Pialat faisait
très attention à ça. En fait,
dans un film, il faut que les voix se répondent,
sachent se parler un peu en terme de timbre, de couleur.
Je pense qu’il y a des metteurs en scène
qui font attention à ça, sans le dire,
bien entendu. Dans Le Garçu, il n’y
a pas de voix incompatibles les unes aux autres, ça
fait comme un tout, une famille. Je pense que psychologiquement
ça joue dans le sentiment que l’on a
du film. Il y a des metteurs en scène qui ne
font pas attention à ça et qui prennent
des acteurs pour leurs physiques, ce qui peut engendrer
des situations sans intérêt car sans
charme.
Les scènes d’appartement
ont-elles été difficiles à tourner,
notamment à cause du parquet ?
Jean-Pierre Duret : Ça fait peur, ça
pose des problèmes parce que dans un micro,
des craquements, ce n’est pas beau. Mais quand
les craquements restent dans des limites raisonnables,
ça donne une âme à l’appartement
et c’est très important. Je ne suis pas
pour le son asphyxié ; donc, j'étais
favoravle aux bruits du parquet s’ils ne venaient
pas en opposition aux voix. Le micro reste un outil
et ne fait pas de différenciations comme peut
le faire notre oreille. Pour éviter cela on
peut influencer très peu par le HF, mais le
rapport sera toujours défavorable.
Là, en l'occurrence, j’avais repéré,
j’ai laissé et je savais que cela pouvait
marcher ; les bruits donnent une indication du lieu
et on sait que l’on n’est pas dans un
appartement neuf... ça donne du cachet. D'ailleurs,
je ne mets pas de moquette sous les chaussures des
acteurs, tant que ça donne une caractéristique
au personnage, cela reste intéressant. Je ne
suis pas pour enregistrer des sons nets et après
rajouter des choses.
Et la scène
de la fête à l'hôtel ?
Jean-Pierre Duret : Le son était très
particulier ; en devait faire une chose qu'on ne fait
que très rarement au cinéma :
enregistrer les voix en même temps que la musique,
ce qui est très compliqué. Je l’ai
fait pour Van Gogh, j’ai tout enregistré
en direct, mais on était en extérieur.
En intérieur, on peut pas mettre la musique
trop faible parce que les gens ne vont pas danser,
et on ne peut pas faire semblant d’en mettre
; et si on la met trop forte, avec les réverbérations,
la musique occupe tout l’espace du micro et
on a du mal à sortir les voix des acteurs,
parce que les gens ne sont pas obligés de parler
fort s’ils sont les uns à côté
des autres. J’ai mis des HF et ça ne
suffisait pas. C’était une prise de "son
de guerre" ! Cela procure une vérité
à la scène qu’on aurait peut-être
pas retrouver après. C’est un peu sale,
mais je ne crois pas que les dialogues soient importants
dans cette scène. Pialat aimait ça et
c’est ce qu’il voulait.
 
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