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Entretien avec Willy Kurant
par Bernard Payen et Matt Dray pour www.maurice-pialat.net
Willy
Kurant est directeur de la photographie pour le cinéma
et la télévision. Il a collaboré
avec les plusieurs cinéastes comme Jean-Luc
Godard, Chris Marker, Orson Welles, Serge Gainsbourg
et Maurice Pialat pour ne citer qu'eux. Il a été
nominé pour le César de la meilleure
photographie pour son travail sur Sous
le soleil de Satan.
Bernard Payen et Matt Dray (Objectif
Cinéma) ont rencontré
Willy Kurant, chef opérateur et collaborateur
de Maurice Pialat sur ses premiers couts-métrages
trucs réalisés en 1963 et 1964
(La Corne d'or,
Istanbul, Maître Galip, Byzance, Pehlivan
et Bosphore), sur
A nos amours (1984 - non-crédité
au générique) et sur Sous
le soleil de Satan (1987).
Dans cet entretien inédit Willy Kurant revient
sur son travail et ses méthodes, sur ses relations
avec le cinéaste, sur son métier tel
qu'il l'a pratiqué à ses côtés,
parfois difficilement mais toujours passionnément...
« Les chroniques turques »,
telle qu'elles sont nommées à présent,
font partie du second
coffret des films de Maurice Pialat en DVD
dans lequel figure également
un entretien de Willy Kurant que Serge Toubiana a
réalisé pour Gaumont.
Que soit chaleureusement remerciés Willy Kurant
ainsi que Bernard Payen et Matt Dray pour leur collaboration...
Objectif Cinéma : Maurice
Pialat avait l’habitude de détruire pour
reconstruire...
Willy Kurant : C’est la marque de fabrique
des grands tailleurs japonais, ceux qui font les costumes
les plus à la mode. Pialat, finalement, est
à la mode. C’est un grand tailleur !
Objectif Cinéma : Dans le livre
d’entretiens En lumière (paru
aux éditions Dujarric) où les
cinéastes évoquent leur travail avec
des chef opérateurs, il vous définit
comme « un grand formaliste »...
Willy Kurant : C’est peut-être
un peu exagéré. Il a eu des phrases
cruelles avec moi, en même temps, il m’aimait
beaucoup…
Objectif Cinéma : Toujours dans
ce même livre d’entretiens, il raconte
le tournage d’un court-métrage en Turquie
avec vous : « tout à coup, on aperçoit
une centaine de chevaux (...) qui traversent le champ
à quelques dizaines de mètres (...).
Le temps de regarder l’état de la lumière
et de régler son matériel... Il était
prêt à tourner quand la queue du dernier
cheval passait devant nous... ».
Willy Kurant : Oui, mais la réalité
n’est pas du tout ce qu’il décrit.
Nous tournions ces courts-métrages en Turquie
produits par Samy Halfon. La veille du tournage de
cette scène, Pialat et moi avions eu une grande
discussion. On nous avait demandé «
d’arrêter le misérabilisme ».
Pialat m’avait dit : « Misérabilisme,
yok », ce qui veut dire « assez »
en turc. Lors du tournage du film Des Pierres
éparses, aujourd’hui disparu, on
a croisé tout à coup un cheval en train
de crever, les tripes à l’air, dans une
puanteur épouvantable. Pialat m’a demandé
de le filmer : « sors la caméra,
sors la caméra !! » et je lui ai
répondu en rigolant « misérabilisme
yok ! ». Il aurait pu m’engueuler
et me demander de filmer quand même mais il
n’a finalement rien dit car je le mettais devant
l’une de ses contradictions. 40 ans après,
cette histoire revient, mais déformée
!
Objectif Cinéma : Comment avez-vous
été contacté pour travailler
sur ces films ?
Willy Kurant : Samy Halfon produisait L’Immortelle
d’Alain Robbe-Grillet et voulait tourner
des courts-métrages sur la Turquie. Il avait
contacté Pialat pour cela. Moi, j’arrivais
de Belgique, j’avais une formation d’opérateur
et j’avais fait beaucoup de choses pour la télévision
(reportages ou dramatiques filmées).
Je voulais faire du cinéma, j’avais une
caméra 35mm et j’habitais à l’époque
chez un type d’origine belge qui était
agent et assistant chez Halfon. Ce dernier ne m’a
pas engagé sur mes qualités, mais parce
que j’avais une caméra et une certaine
expérience. Pialat ne m’a pas spécialement
choisi, mais on s’est bien entendu. Pialat a
décelé en moi un sens du cadre immédiat,
et il m’a fait confiance.
  

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