| François
Laplantine au Festival Doc en courts, Lyon
2005
Carte blanche
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François Laplantine, anthropologue, enseigne
à la « Faculté d'Anthropologie
et de Sociologie » de l'Université
Lumière Lyon 2. ll est l'auteur de vingt
trois ouvrages dont Anthropologie
de la maladie, Les Médecines parallèles,
L'Ethnopsychiatrie ou encore Le Métissage
et Métissages d'Arcimboldo à Zombi
(avec Alexis Nouss). Il vient de publier Le Social
et le sensible (Editions Teraedre, Collection
« Anthropologie au coin de la rue
», 2005) où il est question de cinéma,
objet d'étude d'un ouvrage à venir.
Le 8 Octobre 2005, François Laplantine était
l'invité du festival lyonnais de documentaire
court Doc en courts où il fut notamment
question de L'Amour existe de Maurice Pialat.
Le texte qui suit se propose de revenir sur ce moment,
animé par Mouloud Boukala que nous remercions
vivement pour sa collaboration dans la mise en forme
de cette intervention.
Voir le texte de présentation de l'intervention
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De la présentation de François Laplantine
proposée par Mouloud Boukala (enseignant chercheur
en anthropologie et cinéma à l'Université
Lumière Lyon 2), au public lyonnais venu
en nombre, ressort ainsi le travail de l'anthropologue
depuis de nombreuses années : une thèse
de Doctorat sous la Direction de Paul Ricoeur (qui
donna lieu à un ouvrage Le Philosophe et
la violence, [Editions P.U.F, 1976]), des recherches
au Maroc et en Côte d'Ivoire, puis une seconde
thèse sous la Direction de Georges Devereux
qui donna lieu également à un autre
ouvrage, Anthropologie de la maladie [Editions
Payot, 1986, 1992].
Mouloud Boukala revient également sur la diversité
des champs d'étude explorés par François
Laplantine, tel que l'imaginaire, la possession, l'utopie,
la santé (l'éthnopsychaitrie, les médecines
parallèles) et enfin le Brésil (et plus
largement les liens existant entre l'Europe et les
Amériques Latines).
Proposant de nouvelles perspectives épistémologiques
(par le biais notamment de son ouvrage écrit
en collaboration avec Alexis Nouss, Le Métissage
[Editions Flammarion, 1997], François
Laplantine, passionné de cinéma depuis
de nombreuses années (lorsqu'il étudiant
la philosophie à Paris, il allait en cours
le jour et au cinéma la nuit dans les salles
du quartier latin), a déjà abordé
la question du cinéma dans ses deux ouvrages
De tous petits liens [Editions Les Mille
et une nuits, 2003] et Le Social et le sensible
(2005) et le fera à nouveau dans une étude
future à visée anthropologique.
Après une intervention sur Tourou et Bitti
de Jean Rouch, où il aura été
question du plan-séquence utilisé par
le cinéaste - plan-séquence mis en relation
avec le rite de la possession vécue à
la fois par les êtres filmés par Jean
Rouch mais aussi par sa caméra d'une certaine
manière -, François Laplantine s'écarte
de la problématique du rituel (point central
de la première partie de cette intervention),
pour en venir à L'Amour existe de
Maurice Pialat...
Il rappelle ainsi qu'aucun lien véritable ne
pourrait être établi entre le film de
Jean Rouch et celui de Maurice Pialat, L'Amour
existe (1961), qui est proposé
au public... à l'exception anecdotique d'une
collaboration entre les deux hommes qui pris corps
à travers le rôle du photographe qu'interpréta
Pialat dans Les Veuves de quinze ans de Rouch
en 1965.
Présentation du
film :
Maurice Pialat se situe à la périphérie
du cinéma français, du cinéma
de la « Nouvelle
Vague » (porté par Truffaut,
Rivette, Chabrol, Godard)... "en marge de",
tout comme comme Jacques Rozier ou Jean Eustache.
Connu surtout pour ses films de fiction (A nos
amours, Police, Van Gogh),
Maurice Pialat a aussi réalisé après
L'Amour existe une série de documentaires
tournés en Turquie (où il y filme notamment,
accompagné de son chef-opérateur Willy
Kurant, la ville d'Istanbul). Dans ses
films de fiction, toujours en quête de réel,
Maurice Pialat réunit acteurs professionnels
et non professionnels... Cinéma de la cruauté,
Pialat traque le mal sous toutes ses formes et fait
un cinéma où l'amour fait mal... déséspéré,
nostalgique, colérique, Pialat s'insurge contre
la "belle image", aboutie, "léchée",
bien filmée... Dans L'Amour existe,
Pialat filme la banlieue parisienne, tout comme l'auront
fait avant lui, Elie Lothar (Aubervilliers,
1946) et René Clair (qui tournera en banlieue
parisienne bon nombre de ses courts-métrages
de fiction)... peu de cinéastes finalement...
Diffusion du film...
:
  
Discussion autour du film :
Film déconcertant car statistique et
lyrique, colérique et mélancolique,
L'Amour existe "transpire" la tristesse.

Chez Jean Rouch, la caméra propose un point
de vue en faveur du spectateur complètement
partie prenante de l'action de part la position que
le plan-séquence et le cadre lui confèrent.
Chez Pialat, le spectateur semble être sollicité,
par l'effet de mise en scène, d'une toute autre
manière... à cette remarque énoncée
par un spectateur de la salle, François Laplantine
ajoute qu'il s'agit d'un film à la première
personne du singulier, d'un documentaire entièrement
organisé à partir de la voix-off. C'est
une lettre de la mémoire individuelle, une
lettre adressée à quelqu'un, adressée
la mémoire individuelle et cette première
phrase de début « longtemps, j'ai
habité la banlieue » renvoie inévitablement
à la premier phrase de A la recherche du
temps perdu de Marcel Proust.
Film émaillé de souvenirs d'enfance,
sur un ton grave, désabusé, désenchanté...
ce désenchantement qui renvoie à la
médiocrité de la France ordinaire...
ce que dénoncera tout au long de son oeuvre
Maurice Pialat en guerre contre la médiocrité
française. Plus le film avance, plus le commentaire
devient virulent... on remarque même une sorte
d'emballement, qui s'organise autour d'une radicalisation
de la dénonciation qui va contraster avec la
mélancolie du propos.
Film sur le déplacement, sur
les transports, qui part du centre pour aller vers
la périphérie, au coeur de la société
des années 60... film désert, sans visages,
sans personne...les personnes sont devenues des masses,
des foules. Gens déplacés, ex-centrés...
qui représentent quelque part la frange de
la société française (qui parcourt
tout le cinéma de Maurice Pialat) qui n'est
ni la bourgeoise élégante de la «
Nouvelle Vague », ni le prolétariat
renoirien, rencontré notamment dans La
Vie est à nous.
Plusieurs temporalités sont
présentes dans ce film et s'organisent dans
un espèce de va et vient incertain de la mémoire
: temporalité qui rythme la journée
(1), les âges de la vie (2), l'histoire récente
du pays (3), puis celle du narrateur (les souvenirs
du narrateur, de Pialat) (4). La destruction causée
par l'urbanisme (celle qui fait naître les paysages
pauvres) vient contre-balancer la subjectivité
de la mémoire individuelle à travers
une vision objective la description de la transformation
géographique que connait la France dans les
années 60.
L'enfermement (dans des trains, des
bus, des métros, des pavillons, des appartements)
a évidemment un lien avec le travail cinématographique
propre à Maurice Pialat que l'on pourrait rattacher
à celui de Robert Bresson pour plusieurs raisons
:
- Les séquences sont des morceaux d'espaces-temps,
filmés dans une vingtaine de banlieue différentes,
qui trouvent une place cohérente dans le film
par la voix-off.
- Le raccord, le faux-raccord, le travelling... sont
aussi convoqués pour faire nous passer d'une
espace (clos) à un autre (clos aussi).
 
Film du regret, au propos incongru, inconvenant,
incorrect pour l'époque où la société
française avait confiance en l'avenir, en l'urbanisme.
Le titre du film est à la fois optimiste et
ironique mais s'oppose radicalement au contenu même
du film... le titre est antiphrastique car il combat
le contenu du film. L'amour contre la mort... alors
même que beaucoup de films de Pialat ont traité
de la mort (La Gueule ouverte, Van Gogh,
Le Garçu)... film sur le désespoir,
l'ennui provoqué par la société...
film pessimiste.
Les anthropologues ont mit longtemps à s'intéresser
à la question de la banlieue française.
Le premier ouvrage (issu d'une Thèse de Doctorat)
a s'y être véritablement intéressé
est On est tous dans le brouillard (1979)
de Colette Petonnet. En ce sens, Maurice Pialat fut
un pionnier en allant filmer là où personne
n'avait pris le soin ou le temps d'aller...
Discussion autour du film... :
Une spectatrice pense que le film est un poème...
un autre spectateur note le contraste appuyé
des images du film... contraste entre le propos du
film et son titre, entre l'individuel et le collectif,
entre le statistique et le lyrique... film de la contradiction....
l'amour et la haine coexistent ensemble... film qui
joue du paradoxe, du clivage même si le film,
nous rappelle François Laplantine, travaille
sur l'entre-deux, sur l'intervalle (entre l'individuel
et le collectif, entre le centre et la périphérie,
entre l'amour et la haine, entre le blanc et le noir,
etc.).
Le film, à un moment donné,
par le commentaire, bascule à un moment donné...
dans l'enragement... celui qui traversa l'oeuvre de
Pialat.
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Retranscription
: Rémi Fontanel
Mise en forme : Mouloud Boukala
Remerciements : Philippe Roger et Jacques
Gerstenkorn
Intervention enregistrée
à Lyon, le 8 Octobre 2005 dans le cadre
de la 5ème
édition du festival Doc en courts.
www.docencourts.com |
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