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Pialat/Cassavetes
: une étude des corps (1) par
Philippe Lubac
Maurice
Pialat et John Cassavetes sont deux cinéastes
modernes qui sont arrivés à maturité
dans leur art, quelques années après
la « Nouvelle Vague ». Cette proximité
chronologique est sans doute leur premier point commun.
Suite à l’expérience italienne
du néoréalisme, ceux de la « Nouvelle
Vague » avaient compris que l’on pouvait
faire du cinéma autrement. Dans les années
soixante-dix, Pialat et Cassavetes semblent être
de ceux qui poursuivent l’idée. Ils n’y
renoncent pas, ils ne s’engouffrent pas non
plus dans des expériences de plus en plus «
limites », aux frontières de la narrativité.
En quelque sorte, ils feraient partie de ceux qui
choisissent une troisième voie qui serait,
tout simplement, de poursuivre, de continuer tout
droit, même s’ils restent à l’écart
de leur système respectif.
Et cet écart par rapport au système
semble être un autre de leurs traits communs.
Cependant, les deux cinéastes ne se situent
pas sur les mêmes extérieurs.
John Cassavetes, après une expérience
stérile en son sein, se tient à côté
du système des studios hollywoodiens. Il trace
une droite parallèle à ceux-ci.
Pour Maurice Pialat, le « système »
serait, paradoxalement, celui formé par ses
contemporains de la « Nouvelle Vague ».
Même si Maurice Pialat est de la génération
des François Truffaut, Jean Luc Godard, Jacques
Demy, Claude Chabrol ou Jacques Rivette, il manque
le train de la « Nouvelle Vague », parti
en 1958/1960, et reste sur le quai. Il lui faudra
dix années supplémentaires avant de
pouvoir, lui aussi, débuter avec L’Enfance
nue. Et par la suite, même si Pialat finit
par s’imposer au centre du cinéma français,
il en reste à l’extérieur. Contrairement
à Cassavetes, qui occupe les marges
« parallèles » du système,
Pialat se situe sur la marge placée en son
centre.
Au
travers de figures communes au cinéma de John
Cassavetes et de Maurice Pialat (le corps à
corps, la scénographie théâtrale,
les rimes de postures, l’absence du corps, etc.),
il semble intéressant d’approcher la
question de la représentation du corps en mouvement.
Dans cette étude portant sur quelques films
des deux cinéastes (L’Enfance nue,
A nos amours, Faces et Une Femme
sous influence entre autres), les modes de
filmage des deux cinéastes seront comparés.
Car filmer des corps en mouvement pose un certain
nombre de questions :
Quelle
est la place dévolue à l'acteur dans
la mise en scène du cinéaste français,
comme du cinéaste américain ? Dans quelle
mesure le corps de l'acteur commande-t-il au cadre,
ou le cadre commande-t-il à l'acteur ? Comment
inscrire un, deux ou plusieurs corps dans le cadre
? Comment montrer à l'écran une relation
d'attirance, d'opposition, ou d’intrusion entre
plusieurs corps ? Comment traduire la prédominance
d'un corps sur les autres, sa présence silencieuse,
ou au contraire son effacement ? Le contrat de lecture
qu'établit le cinéaste met-il le spectateur
dans une position partie prenante, plus contemplative,
ou même « d’ethnographe »
?

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