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Le
Trajet vers Campagne par Aby Mathieu
Sous le soleil de Satan (1987)
Sous le soleil de Satan pose avant toute
chose une question ; une question posée par
l’homme au monde qui l’entoure, aux choses,
aux êtres, et qui porte aussi et surtout sur
ce qui fait de nous des êtres pensants : le
doute.
Qu’est-ce qui fait de nous des croyants ? Dieu
est-il présent en toute chose ? C’est
par le biais du personnage de l’abbé
Donissan que l’homme (le spectateur) est amené
à s’interroger.
Le personnage de Gérard Depardieu, plus qu’un
homme, est en effet l’incarnation de la question
du croyant. Comment toucher à la sainteté
? Telle pourrait être la question du film.
Paradoxe vivant, écartèlement entre
Ciel et Terre, le prêtre que Pialat filme est
aussi quelque part la représentation de la
Sainteté. Nous le découvrons bien sûr
tout au long du film mais c’est plus particulièrement
dans cette séquence qui du trajet de Etaples
à Campagne que surgit de manière explicite
cette idée que nous nous proposons de visiter
à présent.
Donissan (il le dit lui-même au
début du film) est un être "à
vif", organique, écartelé, à
bout de forces.
Pendant toute sa marche vers le village,
le jeu de Depardieu
se caractérise par une certaine pesanteur de
la marche et de la silhouette, un abattement des épaules
vers l’avant, une tête baissée,
entraînée vers le sol.
Dans un travelling arrière face à Donissan,
Pialat va même plus loin : le jeune curé
marche sur le bord de la route, la caméra le
précède. Arrive une charrette tiré
par un cheval. Donissan est cadré en plan rapproché
poitrine, gauche cadre. Le cheval entre dans la profondeur
de l’image et vient marcher à côté
de Donissan, droite cadre. On observe alors une similitude
troublante entre les deux êtres, un parallélisme
qui s’impose à nos yeux : deux têtes
baissées, quatre yeux au regard perdu, deux
poitrails massifs et le même rythme, la même
lourdeur, la même difficulté à
s’extraire du cheminement imposé. Donissan
est homme, Donissan est créature de Dieu, comme
tout être vivant sur la Terre.
 
Mais contrairement aux êtres non-croyants,
Donissan, en tant qu’homme de Dieu, peine à
trouver sa place en ce monde. Si l’on étudie
attentivement les plans de Gérard Depardieu,
on ressent alors un immense malaise affirmé
par "son échelle" qui semble ne jamais
correspondre à celle du plan dans lequel il
apparaît.
Lorsque le plan est serré, Donissan
est étouffé (par le cadre et aussi intérieurement,
nous le supposons) : pas "d’air" autour
de lui, un rapprochement extrême de la caméra
et de son visage, des décadrages qui chassent
presque de l’image…
 
A l’opposé, si nous sommes
dans une situation de plan large Donissan n’est
alors plus qu’un point dans l’immensité
de la prairie, une ombre quasi invisible, immatérielle.
Donissan est donc homme, certes, mais il est aussi
serviteur de Dieu, appelé au monde divin, et
de ce fait détaché du milieu humain.
 
Pourtant Dieu semble absent du cadre
de l’image. Le ciel sur lequel se détache
Donissan est lourd, bas, gris et vide. Aucune lumière
ne perce sur la plaine et la pesanteur de Donissan
est renforcée par cette absence de distinction
entre le ciel et la terre.

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