« Retrouver la pureté originelle du regard »
Entretien avec Pascal Mérigeau
par Rémi Fontanel


Pascal Mérigeau est journaliste et critique de cinéma au "Nouvel observateur" ; il est également l'auteur d'une biographie dédiée au cinéaste Maurice Pialat.
Dans l'entrevue qu'il a accordée à www.maurice-pialat.net, il revient sur son travail et sur la singularité d'un cinéma admiré par beaucoup malgré le peu d'"études" qui lui auront été consacrées à ce jour.

En s'attachant à retracer l'histoire d'un homme surtout connu pour ses coups de colères, Pascal Mérigeau parvient à évoquer un art pratiqué par un réalisateur à la fois intégre et exigeant avec les autres et surtout avec lui-même.

La biographie de Pascal Mérigeau a été éditée aux éditions Grasset.
[Pialat, Editions Grasset & Fasquelle, Collection Biographie, Paris, 2002]      




       Comment et quand est né le projet d'une biographie dédiée à Maurice Pialat ?


Pascal Mérigeau : Depuis que j'avais fait paraître un livre sur Mankiewicz [Mankiewicz, Editions Denoël, Paris, 1995 - NDLR -], en 1993, quand il était question que j'écrive une autre biographie, je répondais que, seul un livre sur Pialat m'intéresserait, mais que la personnalité même du cinéaste laissait entrevoir un travail extrêmement compliqué. Je savais d'ailleurs que plusieurs s'y étaient déjà cassé les dents, notamment parce qu'ils redoutaient le regard de Pialat sur leur travail. Le hasard a fait que j'ai reçu un appel de Manuel Carcassonne, le directeur littéraire de Grasset, qui me proposait justement d'écrire une biographie de Pialat. Sans ce désir d'un éditeur important, je ne me serais jamais lancé.

       Combien de temps vous aura-t-il fallu pour écrire cet ouvrage ?

Pascal Mérigeau : Un peu plus de deux ans au total, dont environ quatre mois d'écriture.

       Comment expliquez-vous le peu d'ouvrages consacrés à un cinéaste qui fut et qui reste pourtant l'un des plus importants dans le paysage cinématographique français ?

Pascal Mérigeau : La frilosité de l'édition française face aux livres de cinéma, dont on sait qu'ils se vendent peu ou mal, est une explication. La personnalité de Pialat en est une autre.

       Comment avez-vous travaillé ? Quelle fut votre démarche ?

Pascal Mérigeau : Je me suis du début à la fin de ce travail, trouvé dans une situation étrange et inconfortable : j'attendais que Pialat m'apporte sa collaboration, tout en sachant que s'il le faisait j'abandonnerais sans doute une part de ma liberté, d'autant qu'il refuserait que je rencontre certaines personnes. Le temps passant, je l'ai prévenu que je ferais le livre sans lui, sauf s'il s'y opposait, auquel cas j'abandonnerais. Il savait donc ce que j'étais en train de faire, il avait envie de ce livre (il trouvait insensé qu'il n'existe pas vraiment de livre sur lui autre que celui de Joël Magny [Maurice Pialat, Editions de l'Etoile/Cahiers du cinéma, Collection "Auteurs", Paris, 1992 - NDLR -], qui en même temps lui faisait peur.

       Quels souvenirs plus particuliers, plus insolites, garderez-vous de vos rencontres, de votre travail ?

Pascal Mérigeau : Les souvenirs les plus forts sont liés aux conversations téléphoniques que j’ai eues avec Pialat, qui duraient des heures et qui se transformaient à mesure que le temps passait. C’était à la fois étrange et très exaltant.

       Comment fut accueillie cette initiative de la part des personnes sollicitées (acteurs, producteurs, proches du cinéaste) ?

Pascal Mérigeau : Avec toujours beaucoup de bienveillance, chacun considérant que ce livre devait être fait. La seule personne qui a refusé de me parler a été le producteur de télévision Yves Laumet, au prétexte qu’il préparait ses Mémoires… Que sauf erreur nous attendons encore.

       Les premiers chapitres de votre livre sont inédits, touchants, fouillés. On y retrouve des détails concernant l’enfance du cinéaste.
Comment avez-vous pu accéder à ces informations ? Qu’est-ce que ces parties plus intimes, plus secrètes apportent-elles selon vous à la compréhension de l’homme et de l’artiste ?

Pascal Mérigeau : Maurice Pialat lui-même a souvent parlé de son enfance, mais il disait qu’il lui arrivait d’affabuler. Il me fallait donc faire le tri. Je n’aurais pu mener ce travail à terme sans la participation de Micheline, qui fut sa première épouse et qui possède une mémoire phénoménale. Il me semble évident que cette partie de la vie de Pialat est essentielle, comme pour chacun d’entre nous et plus encore, puisque beaucoup de ses films fouillent ouvertement sa propre intimité.

       A travers votre livre, on perçoit un homme parfois exigeant, intransigeant et surtout anxieux de ne pas pouvoir faire son prochain film…

Pascal Mérigeau : Son exigence a permis à Pialat de faire les films qu’il a faits et l’a conduit à ne pas en faire certains autres, dont il savait qu’ils ne seraient pas à la hauteur de son ambition. Un film naît toujours d’une succession de renoncements. Pialat plaçait la barre très haut et refusait d’abdiquer.



      

 

 

Les "Portraits de Cinéastes" de Cadrage - Une collection dirigée par
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