« Retrouver la pureté originelle du regard »
Entretien avec Pascal Mérigeau
par Rémi Fontanel


       Avez-vous au des craintes quant au portrait que vous deviez réaliser d’un homme surtout connu ou réputé pour ses colères ?

Pascal Mérigeau : L'un des points les plus intéressants à mes yeux était justement cet écart, ce gouffre entre la personnalité publique et l’humanité exprimée par les films. Pour réaliser ces films-là, il fallait forcément que l’homme soit différent de ce qu’il montrait. Ou plus précisément, qu’il réunisse en lui toutes ces caractéristiques qu’un regard hâtif définirait comme contradictoires. Je pense que le cinéaste Pialat s’est battu toute sa vie contre cette dérive du cinéma que nous tous, cinéastes, spectateurs, ne percevons plus ou préférons ne pas voir. L’obsession de la première fois, essentielle chez lui, est d’abord celle-là : « retrouver la pureté originelle du regard que le cinéma porte sur le monde. »

       Quelles parties auront été les plus difficiles à mettre en place dans votre livre ?

Pascal Mérigeau : La difficulté est toujours la même, quel que soit le projet : que le livre forme un "tout" dont on ne puisse justement isoler une partie plutôt d’une autre.

       Vous doutiez-vous, avant de vous lancer dans ce projet, que le travail de Maurice Pialat serait finalement inextricablement lié à sa vie personnelle ?

Pascal Mérigeau : Oui, bien sûr, il suffit pour cela d’avoir vu ses films. C’est même à mes yeux ce qui justifiait que le livre soit une biographie et c’est pour cela que j’ai eu envie de l’écrire.

       Quels ont été, selon vous, les grands tournants décisifs dans la carrière de Pialat ?

Pascal Mérigeau : Comme il a très peu tourné, chaque film est un tournant (voilà qui plairait peut-être à Godard…). Mais il est vrai que le succès, la reconnaissance du public et l’argent dont ont alors bénéficié ses projets ont modifié son cinéma. En ce sens, le grand tournant pourrait être constitué par À nos amours.

       Quels sont vos films préférés ?

Pascal Mérigeau : La Maison des Bois, réalisé pour la télévision, parce que c’est le plus long, parce que la durée seule était à même de permettre à la manière Pialat de s’épanouir. L’Enfance nue, par sa rectitude éblouissante notamment. La Gueule ouverte, par son intransigeance proprement extraordinaire. Et puis Van Gogh, sans doute celui où, au-delà des apparences, il se livre le plus.

      
Comment a été accueilli votre travail à sa sortie…que ce soit de la part des gens qui ont collaboré à votre projet ou de la part des proches de Pialat ?

Pascal Mérigeau : C’est un peu gênant à dire pour moi, mais le livre a été extrêmement bien reçu. Quant à Sylvie, chaque fois que nous nous rencontrons, elle s’excuse de n’avoir pas encore lu le livre. Et je la comprends très bien.

       Quels sont vos regrets, si vous en avez, quant à ce travail ? Quelle fut votre plus grande satisfaction ?

Pascal Mérigeau : Je regrette sans doute de n’avoir pas passé plus de temps avec Pialat lui-même, tout en sachant que le livre aurait été tout autre. Il s’agit donc d’un regret personnel, plus que d’un regret portant sur le livre. Non, le seul vrai regret est qu’il n’ait pas été en mesure de lire le livre. Il n’a même jamais su qu’il existait : quand je le lui ai apporté, deux jours après Noël, il n’était déjà plus conscient.
Ma satisfaction est d’avoir mené le projet à terme.


Propos recueillis le 25 septembre 2003 à Paris.

Remerciements : Pascal Mérigeau et Alexandre Tylski.

Texte de Jean-Michel Frodon sur la biographie dédiée à Maurice Pialat, paru dans Le Monde le 23 janvier 2003.



 

 

 

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