Maurice Pialat
L
e Mal-aimé, le mal d'aimer par Christel Taillibert

       
Quand existence rime avec souffrance…
Et quand le monde n'inspire que la révolte…
Quand un cinéaste se révèle…
Quand la famille est malade...
Quand amour ne rimera jamais avec toujours…
Quand la seule certitude se nomme solitude…
Quand, enfin, transparaît la vérité des êtres...

Notes de bas de page


        Plusieurs facteurs expliquent l'âpreté de ce rapport conflictuel à l'existence.
        En premier lieu, il se fait l'expression de la violence de l'indignation que Maurice Pialat entretenait à l'encontre de la société capitaliste et de l'écrasement de l'humain au profit de mécanismes financiers que celle-ci suppose.
Cette rage nourrissait déjà son tout premier court-métrage documentaire, L'Amour existe (1960), dans lequel il évoquait la barbarie des projets urbanistiques qui prévalaient à l'accroissement démesuré de la banlieue parisienne.
La dimension politique, évidente ici à travers un commentaire acerbe et militant, se fera plus sourde dans ses films de fiction, mais émergera régulièrement, au gré d'une réplique incisive ou de l'introduction d'un personnage dérangeant.
Le dégoût provoqué par le pouvoir de l'argent se place au centre de cette révolte.
Il apparaîtra tour à tour sous la forme d'un acheteur tentant de convaincre le garçu de vendre son commerce alors que sa femme se meurt
(La Gueule ouverte, 1974), par le biais de la représentation du milieu des petits et gros trafiquants de drogue et de leur recherche effrénée du profit, sans autre idéal à poursuivre (Police), ou encore à travers la domination exercée par les commerciaux sur la carrière des artistes
(Van Gogh).3 La colère du père dans A nos amours, reprochant à son fils de s'être marié par intérêt plutôt que de développer son talent d'écrivain, constitue probablement l'expression la plus évidente de cette nausée que provoquaient chez lui les concessions motivées par l'attrait de l'argent. En lançant à sa fille, dans la même scène, un « T'es où toi ? », c'est bien le spectateur que Pialat interpelle, l'invitant à choisir son camp dans le combat dont il vient de tracer les frontières idéologiques.
        Cette révolte se manifestera aussi à l'encontre du mensonge, qui détruit les couples (combien de vies communes minées par l'infidélité...) et avilit les individus (telles Noria et Mouchette, avouant toutes deux avec regret leur propension à mentir démesurément depuis l'enfance). Il s'insurge aussi contre l'hypocrisie, à travers par exemple l'attitude dégradante de Lambert (Richard Anconina), avocat véreux dans Police. Retour...

 



Les "Portraits de Cinéastes" de Cadrage - Une collection dirigée par
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