Maurice Pialat
L
e Mal-aimé, le mal d'aimer par Christel Taillibert

       
Quand existence rime avec souffrance…
Et quand le monde n'inspire que la révolte…
Quand un cinéaste se révèle…
Quand la famille est malade...
Quand amour ne rimera jamais avec toujours…
Quand la seule certitude se nomme solitude…
Quand, enfin, transparaît la vérité des êtres...

Notes de bas de page


        Le poids de l'autobiographie dans l'œuvre de Pialat se répercute au niveau thématique par l'importance de certains thèmes, au premier plan desquels on peut citer l'enfance et la famille. Il n'aura de cesse en effet d'explorer les tenants et les aboutissants des rapports familiaux, dont il met en évidence la mesquinerie, la violence, voire sa dangerosité pour l'individu, déchiré entre ses ressentiments et sa mauvaise conscience.
        Les pathologies inhérentes à la cellule familiale sont explorées dans La Gueule ouverte, où la longue agonie d'une mère met en évidence l'inanité et l'hypocrisie des liens qui unissent les membres de sa famille5, mais aussi et surtout dans A nos amours : là, les dernières traces d'affection qui lient Suzanne à son père et à son frère prennent des reflets d'inceste, tandis que sa mère réagit à l'abandon auquel la condamne son mari par une haine farouche, hystérique, envers sa fille qu'elle rend responsable de son malheur, et un amour castrateur pour son fils, qu'elle autorise même à battre sa sœur en croyant ainsi se protéger légitimement. « On se fait trop de mal ! » conclut lucidement Suzanne lorsqu'elle annonce son départ en pension. C'est ce mal latent dont Pialat explore les attributs.

        Même les situations familiales apparemment les plus normales et les plus positives présentent des failles.
C'est le cas des Thierry dans L'Enfance nue, couple aimant, amoureux, généreux, mais qui se révèle incapable de canaliser le jeune François. Ou encore de la famille de Loulou (Loulou, 1980), que l'on découvre dans le cadre d'un repas champêtre convivial et enjoué, mais bientôt terni par une crise de jalousie violente du beau-frère menaçant sa femme avec son fusil.6 Le Garçu n'offrira finalement qu'une version moderne de ces pathologies familiales, à travers la question des familles recomposées et des dégâts psychologiques et relationnels que ces situations engendrent. Retour...


      
Les "Portraits de Cinéastes" de Cadrage - Une collection dirigée par
© Cadrage/Arkhome 2004