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Maurice
Pialat
Le
Mal-aimé, le mal d'aimer par
Christel Taillibert
• Quand
existence rime avec souffrance
• Et
quand le monde n'inspire que la révolte
• Quand
un
cinéaste se révèle
• Quand
la famille est malade...
• Quand
amour ne rimera jamais avec toujours
• Quand
la seule certitude se nomme solitude
• Quand,
enfin, transparaît la vérité des
êtres...
• Notes
de bas de page
Bien d'autres parmi les protagonistes des films de Pialat
se révéleront des handicapés de
l'amour.9
La principale conséquence de cette incapacité
des personnages à éprouver des sentiments
sincères, donc structurants, est un irrémédiable
sentiment de solitude. Maurice Pialat lui-même
était un artiste solitaire. Il entretenait des
relations houleuses avec ses confrères, avec
les médias, et même avec son public (qui
aura oublié sa mémorable prestation lors
de la cérémonie de clôture du festival
de Cannes en 1987...).
Cette conscience extrême de la solitude de l'être
humain se reflète dans tous ses films.
Depuis l'enfance (le jeune François dans
L'Enfance nue, ballotté d'une famille
d'accueil à l'autre, mais aussi le petit Antoine
dans Le Garçu, tiraillé entre ses
parents séparés) jusqu'à sa vieillesse
(le vieux père resté seul suite à
la mort de sa femme dans La Gueule ouverte, ou
encore le père partant seul en autocar à
la fin de A nos amours), l'être humain
semble condamné à assumer, seul, le poids
de son existence. Le générique d'A
nos amours est très explicite à ce
propos puisqu'il nous présente Suzanne, de dos,
debout à l'avant d'un bateau, telle une proue,
résolument tournée vers l'avenir, filant
seule vers l'inconnu.10
André, le mari de Nelly (Loulou), éprouvera
lui-aussi les méandres de la solitude après
le départ de sa femme.
Il évoquera la douleur provoquée par son
appartement trop grand pour lui, par les cintres restés
vides dans ses placards... On retrouvera le même
type de discours dans la bouche de Mangin (Police),
lorsqu'il évoque la situation dans laquelle l'a
laissé son veuvage.11
Cette condition sera la résultante d'un destin
hors du commun dans Sous le soleil de Satan («
Sur la route que vous avez choisi, vous serez seul »
prophétise Menou-Segrais à l'intention
de Donissan) ainsi que dans Van Gogh où
le peintre de génie finit par mourir seul, pitoyable,
abandonné de tous. Ce dernier avait d'ailleurs
fait preuve d'une grande lucidité face à
ce que lui réservait l'avenir, puisqu'en évoquant
le destin de Schubert, malade, il avait affirmé
à son frère Théo : « On
n'a pas d'amis, on est toujours seul. On s'en aperçoit
qu'à ce moment-là, si on peut encore s'apercevoir
de quelque chose....» Retour...
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