Maurice Pialat - peintures - par Caroline Ha Thuc

Cette étude se propose de relayer l'exposition des toiles réalisées par Maurice Pialat entre 1942 et 1947.
Cette manifestation aura lieu de mi-septembre à fin octobre 2003 au
Grenier des Grands Augustins à Paris.

Une dizaine d'oeuvres seront présentées ; cet article proposé par Caroline Ha Thuc, est une façon de mettre en lumière les liens qui existent entre le travail écourté du peintre et celui du cinéaste que l'on connaît davantage.

Que soient particulièrement remerciés Caroline Ha Thuc pour son travail, Aurélien Sanchez pour son aide technique et Olivier Pélisson (rédacteur à
Monsieurcinema.com) pour son enthousiasme et sa générosité.


       A 17 ans, Maurice Pialat exécute son autoportrait. Il s'y représente avec une physionomie peu avenante, rembrunie et dure. Un jeune homme aux traits flous, déformé par l'empâtement de la peinture, griffé par les passages répétés du pinceau, plante sans préambule ses deux yeux dans ceux du spectateur. Une palette sombre et des couleurs terres viennent corroborer l'aspect dramatique de l'œuvre. Le visage est blafard, la peau vire au verdâtre par endroit : c'est presque un cadavre qui vient vous regarder en face. Ou plutôt un cadavre masqué, ou le masque d'un cadavre. D'ailleurs, il s'estompe, il s'efface dans la lumière. Le visage semble s'éloigner, disparaître sous les couches épaisses de peinture, comme s'il était aspiré par la toile. Ainsi, l'homme est immobile mais le portrait paraît mouvant, comme la personnalité, comme les sillons des rides qui se creusent avec le temps. Pialat peintre comme Pialat réalisateur ne veut rien figer. On sent déjà, dans cet autoportrait, son rapport particulier au temps, sa capacité à l'ouvrir, à le distendre, et à laisser percevoir les vides immenses cachés en son sein.
       Celui qui n'a jamais voulu être défini, qui refusait à tous prix d'être enfermé dans des classifications, des styles, se présente à nous empli de mystère, enveloppé dans la peinture comme dans un épais silence éloquent.
Il se dissimule et s'exhibe tout en même temps. La nervosité de sa touche trahit cette bouche serrée, la brutalité de la facture anime la fixité de son regard.

        Maurice Pialat voulait être peintre. Il peignit essentiellement entre 1942 et 1947, suivit les cours des Arts Décoratifs et des Beaux-Arts. Il exposa trois fois ses toiles au Salon des moins de trente ans dans les années 40.
Puis les nécessités de la vie l'entraînèrent sur d'autres chemins. Aujourd'hui, ses toiles sont exposées au Grenier des Grands Augustins à Paris, rassemblées par sa femme, Sylvie Pialat. Il s'agit pour la plupart d'œuvres de jeunesse, sauf une toile qu'il avait exécutée en 1997 pour son fils Antoine.

        Pialat réalisateur puise son héritage dans les films classiques des années trente et se veut héritier de Renoir (le cinéaste). Sa peinture est d'une facture également très classique. S'il ne cherche pas à métamorphoser le cinéma par la révolution (il est toujours resté très critique à l'égard de la « Nouvelle Vague »), il ne veut pas non plus bouleverser les règles des beaux-arts et son œuvre est fortement ancrée dans la tradition. Poussin était son peintre préféré, mais Pialat s'inscrit d'avantage dans la tradition picturale des pré-impressionnistes. En effet, le peintre français du 17ème siècle travaillait de façon extrêmement méthodique quant au dessin de ses toiles. Pialat est connu pour la dilution de ses scénarios et pour l'impression chaotique de son cinéma. Il commet ainsi de nombreuses ellipses ou fait apparaître des personnages jusqu'alors inconnus, comme dans Le Garçu où l'amante de Depardieu n'est à aucun moment introduite. Comme il met deux scènes bout à bout sans lien ni, parfois, ordre chronologique, il pose les touches de peinture côte à côte, sans structure préalable ni dessein précis. Son travail, semble-t-il, privilégie l'impulsion et la quête de l'accident, à l'opposé d'un Poussin calculateur et rigoureux.

        Admirateur de Van Gogh sur qui il a réalisé un film en 1991, Pialat ne peint cependant pas avec la même violence crue ni la même exacerbation que le néerlandais. On pense d'avantage à Cézanne, le solitaire, l'inclassable.




Les "Portraits de Cinéastes" de Cadrage - Une collection dirigée par
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