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Sandrine
Bonnaire et Maurice Pialat
Interview de Sandrine Bonnaire par
Rémi
Fontanel et Alexandre
Tylski

Sandrine Bonnaire a travaillé comme actrice
sur trois films de Maurice Pialat - qui l'a par ailleurs
découverte en 1983 sur "A nos amours"
-.
Suivront "Police" (1985) et "Sous le
soleil de Satan" (1987). Nous avons rencontré
Sandrine Bonnaire et abordé son travail d'interprète
dans le parcours singulier de Maurice Pialat. Une
entrevue réalisée à l'ombre des
arbres lors de la journée-hommage rendue à
Maurice Pialat aux 44èmes "Ciné-Rencontres"
de Prades (France), festival dont Sandrine Bonnaire
était l'invitée d'honneur.
Dans la nouvelle génération ou
les cinéastes vivants, qui selon vous, pourrait
être rapproché du cinéma de Maurice
Pialat ?
Sandrine Bonnaire : Moi je crois qu'il y a
Ken Loach. Dans le côté : «
N'ayons pas peur. » Il y a une audace et
une vérité profondes. C'est même
un peu dérangeant. On ne sait plus si on est
au cinéma ou dans un documentaire.
Les films de Maurice, c'est ça. Pas Sous
le Soleil de Satan ni Van Gogh, mais L'Enfance
nue ou A nos amours
Loulou
aussi
Par moments, ce sont des choses volées...
C'est cru. Il n'y a pas de "bluff". Et Ken
Loach a ça lui-aussi.
Quels
rapprochements feriez-vous par exemple entre votre
travail avec Raymond Depardon (La Captive du
désert, 1990) et celui de Maurice Pialat
?
Sandrine Bonnaire : Je n'en vois pas
Depardon
est photographe. Un reporter
mais pour moi ça
n'a rien à voir avec Pialat. Depardon c'est
très stylisé. Avec lui, c'est avant
tout l'image. Quand même. Même s'il est
fort pour attraper des choses. Même pour ses
documentaires, il y a quelque chose de stylisé
que n'a pas Pialat car lui c'est "dans le vif".
Depardon installe tout et ensuite il met ses gens.
Faut qu'il installe sa caméra. Qu'il fasse
son cadre. Une image avant tout. Alors que Maurice,
c'était quelqu'un qui, dès qu'il avait
les gens, cela faisait son image quelque part. Il
avait besoin de voir ses acteurs et ses non-acteurs,
pour ensuite décider de l'image qu'il allait
faire. Mais moi j'aime les deux. Tant qu'il y a de
l'émotion et tant que le metteur en scène
est à l'écoute de l'acteur. Dans les
deux cas, il n'y a aucun problème.
Comment
avez-vous été amenée à
devenir actrice et à rencontrer Maurice Pialat
?
Sandrine Bonnaire : Notre rencontre n'a
pas débuté pour A nos amours
en fait, mais pour un film qui s'appelait
Les Meurtrières, qu'il a essayé
de faire après
mais il n'a pas réussi.
Il n'a pas pu se monter donc il avait ce scénario
qui s'intitulait Les Filles du faubourg, c'était
l'histoire de cinq jeunes filles. Et, de fil en aiguille,
en commençant le tournage et lui racontant
moi des choses
c'est devenu A nos amours.
Et il s'est centré sur un seul personnage,
Suzanne.
Voilà. J'ai commencé à devenir
actrice à travers ma rencontre avec Maurice.
Par l'affection que je lui portais et que je lui porte
encore. Les choses se sont faites comme ça.
Mais j'ai vraiment décidé de devenir
actrice après Sans toit ni loi [d'Agnès
Varda, 1985 - NDLR] où je me suis dit :
« Ca fonctionne bien
c'est un vrai métier...»
Avec Pialat, j'avais 15 ans et c'était un peu
un "papa" pour moi alors je faisais le film
avec beaucoup de facilité, ce n'était
pas vraiment un travail
Lui était très
bourru, avec des sautes d'humeurs très fortes.
Il y a des gens qui le considèrent comme très
méchant, mais c'était un homme qui était
très humain et très protecteur.
Comment
Maurice Pialat vous dirigeait-il ?
Sandrine Bonnaire : On n'avait pas tellement
besoin de parler au fond. Je crois que c'est pour
cela qu'il m'aimait bien, c'est ce que j'étais
complètement pure dans le métier. Je
n'avais aucun artifice. A l'époque en tout
cas ! (rires).
Je n'étais pas contaminée par le métier,
j'étais totalement innocente et je crois que
c'est ce qu'il recherchait.
Même avec des acteurs comme Depardieu qui avait
un parcours beaucoup plus conséquent que le
mien. Il cherche à épurer tout ce comporte
l'acteur, toutes ses expériences.
Les mots qu'il disait, je ne m'en souviens pas exactement.
Mais je me souviens d'une scène où j'embrassais
le marquis dans Sous le soleil de Satan, et
il me disait : « Non mais attends, tu n'as
jamais embrassé un garçon de ta vie
?! Pourquoi tu fais ça comme ça ?! »
C'est vrai que quand on fait du cinéma, on
fait semblant et lui n'aimait pas ça.
« Dans la vie ça ne se passe pas comme
ça, donc sois plus comme dans la vie. »
Et il voulait ça chez tout le monde, Sophie
Marceau, Depardieu, Jean Yanne, Guy Marchand et tous
les acteurs avec qui il a travaillé.
Quels rapports entreteniez-vous avec les plans
séquences de Pialat ?
Sandrine Bonnaire : Les plans-séquences
installent l'acteur. On sent qu'on a du temps et qu'on
est porté. On n'est pas "saucissonnés".
Les acteurs respirent, prennent place, prennent corps
C'est
formidable mais en même temps cela peut être
très compliqué, très difficile.
Ca veut dire du texte, savoir toute la scène
par cur, ça veut dire : pas le droit
à l'erreur. C'est un peu le principe du théâtre
d'ailleurs. C'est tenir sa scène jusqu'au bout.
Et c'est très gratifiant pour un acteur. Il
y a un enjeu qui est beaucoup plus important. Cela
nous donne une responsabilité beaucoup plus
forte que quand on fait trois secondes ou une phrase
et demie et qu'on coupe.

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