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L'Atelier Pialat...»
Entretien avec Serge Toubiana par
Rémi
Fontanel
A l'occasion de la sortie des films de Maurice
Pialat sur support DVD, Serge Toubiana, ami du cinéaste
et responsable d'édition pour la Gaumont,
a accordé une entrevue à www.maurice-pialat.net.
Il revient sur ce projet d'édition, sur les
relations qu'il entretenait avec un homme dont il
a toujours été proche et sur les rapports
que Maurice Pialat entretenait à la fois avec
son oeuvre et avec le cinéma "tout entier"...
Le premier coffret des films DVD de Maurice Pialat
sera édité en Mars 2004.
Retrouvez les contenus détaillés de
ce premier volet à la fin de cette entrevue.
Genèse
du projet, l'édition
DVD, le
cinéma de Maurice Pialat,
Maurice Pialat
Détails
des coffrets DVD des films de Maurice Pialat
Le
cinéma de Maurice Pialat
Concernant
Maître Galip, beaucoup ont été
subjugués par ce film lorsqu'ils l'ont découvert...
Serge Toubiana : Cela tient sûrement
à la mélancolie du film, à cette
vision d’un monde (Istanbul, ses pauvres et
ses chômeurs) empreinte d’une grande tristesse.
Il y a aussi le travail de l'opérateur Willy
Kurant, l'apport essentiel du poète turc Nazim
Hikmet, grand écrivain du XXème siècle,
prix Nobel et communiste. Et puis, il y a ce regard,
très curieux, très "lumièriste"
de Pialat à l’intérieur d'un montage
davantage poétique que narratif, avec ces prises
de vue sur Istanbul et ce texte magnifique sur la
mort, la misère et l'humanité.
Comment
envisager ces premiers films très poétiques
avec le reste d'une oeuvre qui l'est de moins en moins
au fil des films ou du moins qui se veut moins documentaire
dès qu'il s'agira pour Pialat d'aborder la
fiction ?
Serge Toubiana : À Cannes, lors
d’un hommage à Pialat, j'ai osé
parler d’une dimension “communiste”
dans l’œuvre de ce cinéaste. Je
ne voulais évidemment pas parler du communisme
officiel, mais plutôt d'une vision remplie de
compassion, mais aussi de colère, sur le sort
de l’espèce humaine. Voir comme il évoque
la banlieue et l’essor industriel, dans L’Amour
existe ! Mais il y a surtout cette idée
de la perte et que "tout" peut devenir ruine.
Quand Pialat commence à faire du cinéma,
il ne prend pas le cinéma là où
il en est (il “rate” volontairement le
moment Nouvelle Vague au début des années
60'), comme s’il voulait s’inscrire dans
une période esthétique antérieure.
En somme, Pialat commence à faire du cinéma
quand Vigo arrête d'en faire, en se décalant,
dans un geste esthétique fort, très
impressionnant. Il commence à faire du cinéma
seul, en dehors de toute bande. Il n'est pas connu
et demeure un petit salarié du cinéma
documentaire (voir ses Chroniques de France).
D’une certaine manière, il rate la Nouvelle
Vague, mais la Nouvelle Vague le rate aussi. L'Enfance
nue est un film décalé, très
éloigné du cinéma moderne pratiqué
par « les gens des Cahiers »,
comme il disait. À ses débuts, la démarche
de Pialat est autobiographique, il commence par son
enfance, même s’il faut rappeler qu’il
n’a rien à voir avec l’enfance
abandonnée, thème principal de L’Enfance
nue. Une famille auvergnate, légèrement
déclassée, appartenant à une
couche de la paysannerie prolétarisée,
avec ce que cela implique de tristesse. Dans ces premiers
courts-métrages (Maître Galip,
L'Amour existe), on sent cette dimension
autobiographique, qui ira grandissant avec ses films
postérieurs. Il y aura toujours dans ses films
cette idée du “ratage”, profondément
liée à l’image du père.
Là se situe le fondement de son cinéma
: « Je suis un raté, un moins que
rien, ce que j'ai voulu faire, je l'ai arrêté
: la peinture...et j'en veux à ce qui ont réussi...»
Ceux qui ont réussi, ce sont ceux qui évidemment
occupent l'écran à l'époque,
c'est-à-dire les cinéastes de la Nouvelle
Vague. Cette dimension du ratage est absolument essentielle
dans le discours intellectuel et moral de Pialat.
En parlant de la Nouvelle Vague et plus particulièrement
de François Truffaut dont vous avez également
été le chargé d'édition
des films DVD, quelles sont les différences
dans l'approche que l'on a de ces
deux cinémas lorsqu'on se lance dans un tel
projet ?
Serge Toubiana : Il y a une très
grande différence entre l'un et l'autre. Et
j'aime l'un et l'autre. Truffaut a mené son
œuvre de façon consciente. Il l'a commentée.
Il l'a écrite. Il a disposé son œuvre
pour la rendre à la fois visible et
lisible. Ancien critique, Truffaut avait
une grande capacité d'écriture, et c’était
un gros travailleur (ce que n’était pas
Pialat), obsédé par son indépendance,
et par l'organisation de son œuvre (de son œuvre
et pas de sa carrière !).
Par conséquent, il était assez facile
de se “mettre dans les pas” de Truffaut,
d’autant que j’ai connu et que son œuvre
m'a toujours paru vivante, quasi charnelle. Avec Pialat,
c’est différent, car il a volontairement
semé le désordre à l’intérieur
et autour de son œuvre. Le jeu de piste est beaucoup
plus complexe. Se mettre dans les traces de Pialat,
c’est plus délicat qu’avec Truffaut.
Truffaut a laissé la critique, les universitaires
ou les chercheurs, visiter librement son cinéma,
en créant toutefois une multitude de fausses
pistes. Ça l’amusait, j’en suis
sûr. Mais il autorisait que l’on travaille
sur son œuvre. Il avait d’ailleurs organisé
ses archives, à la fois par souci obsessionnel,
mais aussi pour laisser une trace de son passage…
Tandis que Pialat a tout mis en désordre, avec
l'idée consciente de faire table rase
d'un film à l'autre. Mais chez ces deux cinéastes
subsiste quand même un point commun : l’idée
de “l'atelier”. Comme il y a un “atelier
Truffaut”, il existe un “atelier Pialat”,
c'est-à-dire une façon de travailler,
de mettre secrètement en résonance des
thèmes ou des motifs, à l’intérieur
d’une œuvre dont il faut s'amuser à
retrouver les clefs.
Genèse
du projet, l'édition
DVD, le
cinéma de Maurice Pialat,
Maurice Pialat
Détails
des coffrets DVD des films de Maurice Pialat
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